GTA : une opportunité décisive pour la Mauritanie

Le projet Grande Tortue Ahmeyim (GTA) représente une étape charnière dans le développement énergétique de la Mauritanie. Mais sa valeur réelle ne se mesurera pas seulement en volumes extraits : elle dépendra de la capacité du pays à transformer cette ressource en un levier économique et stratégique durable. Trois trajectoires se dessinent.

 

Scénario 1 : Le fournisseur fiable

 

Dans cette configuration, la production de GTA se stabilise tandis que le projet BirAllah avance vers sa mise en valeur. Les projets d’hydrogène vert décrochent des contrats dans le cadre du Pacte vert européen.

Les revenus, gérés par un fonds souverain transparent, servent à développer ports et infrastructures, renforçant ainsi la confiance des investisseurs. La Mauritanie acquiert alors une réputation de fournisseur fiable, certes modeste en volume, mais reconnu pour sa crédibilité.

Ce scénario favoriserait une stabilité interne grâce à la discipline budgétaire et consoliderait l’intégration régionale à travers des partenariats énergétiques coopératifs, offrant au pays une place respectée sur les marchés mondiaux.

 

Scénario 2 : L’occasion manquée

 

Ici, les recettes sont importantes mais instables. Les réformes de gouvernance reculent, et les décisions financières obéissent aux urgences du moment. Les acheteurs européens se détournent vers l’Algérie, le Qatar ou les États-Unis, tandis que les projets d’hydrogène s’enlisent face aux exigences de certification.

Sur le plan intérieur, les coûts de l’électricité restent élevés, les inégalités se creusent et les bénéfices du GTA ne profitent que marginalement à la population. La Mauritanie exporte du gaz mais échoue à se transformer en profondeur, affaiblie par sa fragilité budgétaire et un recul de sa crédibilité internationale.

 

Scénario 3 : L’équilibre géré

 

Ce scénario, jugé le plus réaliste, combine prudence et continuité. Le gaz naturel liquéfié joue un rôle limité mais régulier, tandis que les projets d’hydrogène progressent pas à pas. Les revenus permettent des améliorations graduelles des infrastructures et contribuent à réduire progressivement les coûts énergétiques.

La gouvernance n’atteint pas le niveau d’exigence du scénario du « fournisseur fiable », mais évite également l’impasse de « l’occasion manquée ». La Mauritanie récolte ainsi des gains modestes mais durables : une stabilité budgétaire interne, un renforcement progressif de l’intégration ouest-africaine et une image équilibrée à l’international.

 

Déterminants du destin

 

Quel chemin la Mauritanie empruntera-t-elle ? La réponse tient moins à la géologie qu’à la qualité de la gouvernance : transparence des contrats, rigueur dans la gestion des revenus et respect des normes environnementales.

 

L’équilibre entre l’Europe et l’Asie sera également déterminant :

 

- Europe : un accès encadré mais conditionné à la conformité et à la transparence.

- Asie : des volumes et une flexibilité accrus, assortis d’exigences réglementaires plus souples.

 

La capacité de Nouakchott à naviguer entre ces deux pôles dessinera l’ampleur de son influence extérieure.

 

À l’échelle régionale, la Mauritanie pourrait renforcer son rôle en fournissant une énergie abordable à ses voisins et en participant aux grands corridors énergétiques, comme le gazoduc Nigeria–Maroc. Sur la scène mondiale, la crédibilité aux yeux des investisseurs et des acheteurs sera décisive pour inscrire le gaz mauritanien dans une relation durable avec les marchés internationaux.

 

Malgré des volumes relativement modestes, les retombées du GTA pourraient s’avérer significatives : diversification des sources énergétiques en Europe, intégration énergétique en Afrique de l’Ouest et consolidation d’une stature internationale. Le projet ne sera pas seulement un exploit technique si la Mauritanie parvient à en faire un instrument de stabilité financière, d’influence régionale et de crédibilité globale

جمعة, 12/09/2025 - 13:00