
Un rapport récent du Conseil européen des relations étrangères (ECFR) met en lumière le rôle croissant de la Mauritanie dans l’équation géopolitique du Sahel, estimant que le pays devient un point de convergence entre les intérêts sécuritaires et économiques de l’Europe et les ambitions d’investissement des États du Golfe.
Selon cette analyse, la Mauritanie s’impose progressivement comme un acteur clé de la stabilité en Afrique de l’Ouest, à un moment où la région du Sahel est marquée par des bouleversements politiques et sécuritaires, notamment après les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
Une position stratégique entre le Sahel et l’Atlantique
Pour l’Europe, la Mauritanie représente un rempart géographique et sécuritaire face à l’instabilité du Sahel qui pourrait se propager vers la façade atlantique et le voisinage méridional de l’Union européenne.
Le pays constitue également un partenaire important dans la gestion des flux migratoires, en particulier sur la route atlantique reliant l’Afrique de l’Ouest aux îles Canaries espagnoles.
Par ailleurs, la Mauritanie attire un intérêt croissant en raison de ses ressources énergétiques, notamment après les découvertes de gaz offshore dans le bassin partagé avec le Sénégal, ce qui en fait un partenaire potentiel pour la diversification énergétique de l’Europe.
L’entrée des pays du Golfe dans l’équation
Le rapport souligne également l’expansion de l’influence des pays du Golfe en Mauritanie, à travers des investissements croissants dans les infrastructures, l’énergie et les ressources minières.
Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite voient notamment dans la Mauritanie une porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, mais aussi un espace stratégique pour renforcer leur présence économique et politique dans le monde arabe et africain.
Une convergence d’intérêts
Les intérêts européens et ceux des pays du Golfe convergent autour de plusieurs priorités :
- la sécurité régionale et la lutte contre les groupes extrémistes au Sahel ;
/ la gestion des migrations vers l’Europe ;
- l’exploitation des ressources naturelles, notamment le gaz et les minerais ;
- le développement de projets d’énergie renouvelable, en particulier l’hydrogène vert.
Dans ce contexte, le rapport évoque la possibilité d’un partenariat trilatéral entre l’Europe, les pays du Golfe et la Mauritanie, destiné à soutenir les investissements dans l’infrastructure, l’énergie et le développement économique.
Les défis d’un équilibre délicat
Toutefois, l’étude met en garde contre les défis liés à la multiplication des partenaires internationaux, qui pourrait créer des pressions et des rivalités d’influence dans le pays.
Mais si Nouakchott parvient à gérer ces équilibres avec prudence, la Mauritanie pourrait transformer sa position géographique en levier stratégique de développement et de stabilité régionale.
Une Mauritanie au centre des recompositions régionales
Dans un contexte marqué par le retrait progressif de certaines puissances occidentales du Sahel et par la montée en puissance de nouveaux acteurs internationaux, la Mauritanie apparaît aujourd’hui comme l’un des rares pays de la région à maintenir un équilibre diplomatique relatif dans ses partenariats internationaux.
Cette situation pourrait permettre à Nouakchott de jouer un rôle plus important dans la reconfiguration des équilibres sécuritaires et économiques au Sahel et en Afrique de l’Ouest dans les années à venir.



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