
Le débat autour de l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993, adoptée sous le régime de Maaouiya Ould Taya, revient avec force sur la scène publique mauritanienne. Longtemps enfoui sous le poids du silence officiel، voilà que ce dossier, lié aux événements douloureux de la fin des années 80 et du début des années 90, resurgit comme un révélateur des fragilités nationales et des attentes citoyennes.
Une mesure nécessaire ou une menace pour l’État ?
Contrairement aux appréhensions entretenues dans certains milieux, l’abrogation de cette loi ne constitue ni une menace pour l’État, ni une stigmatisation d’une communauté nationale en particulier. Il s’agit plutôt de rompre avec une confusion persistante : celle qui assimile les crimes commis à un groupe donné.
Or, aucune composante nationale — arabe, négro-africaine ou autre — ne doit se sentir concernée par les fautes de quelques individus, fussent-ils des militaires.
L’essentiel est de comprendre que cette démarche ne vise pas l’armée nationale, institution républicaine par excellence, mais des responsabilités individuelles clairement identifiables. L’État, en reconnaissant les torts subis et en demandant pardon, renforcerait au contraire sa légitimité morale et son contrat social.
Les tentatives inachevées du passé
L’histoire retiendra que l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz avait esquissé un mouvement dans cette direction, mais dans une dynamique restée très superficielle : un acte émotionnel vite suivi d’un règlement financier minimaliste bénéficiant à une minorité de veuves et d’orphelins, sous la supervision paradoxale de cadres militaires négro-africains issus de la vallée.
Cette approche « transactionnelle » a réduit la profondeur du problème et n’a apporté aucune réponse durable.
Car la réparation matérielle ne saurait remplacer ni la vérité, ni la justice — même symbolique. L’enjeu n’est pas de solder des comptes, mais d’isoler les criminels, et eux seuls, de la collectivité nationale.
Une crise de mémoire qui ronge l’unité nationale
Depuis les années 90, les blessures non cicatrisées de cette période continuent de miner la cohésion sociale. Le poids du non-dit nourrit les incompréhensions, les frustrations et parfois les discours de suspicion entre communautés.
Ce silence prolongé a entretenu l’idée que l’État avait tourné la page sans consulter les victimes, et parfois même sans les voir.
Mettre fin à cette situation passe nécessairement par une démarche claire : reconnaître, clarifier, apaiser. Une nation solide n’a pas peur de regarder son passé, surtout lorsque ce passé influence encore le présent.
Un dialogue national, une opportunité historique
Alors qu’un nouveau cycle de dialogue politique semble se dessiner, l’abrogation de la loi d’amnistie pourrait constituer un jalon essentiel vers un règlement définitif du passif humanitaire.
Il ne s’agit ni d’un acte de revanche, ni d’une remise en cause des institutions, mais d’une étape cruciale pour refonder la confiance entre citoyens et État.
Si l’opposition et le pouvoir acceptent d’aborder ce dossier avec responsabilité et lucidité, la Mauritanie pourra enfin refermer une page douloureuse et consolider une unité nationale longtemps fragilisée.
Brahim. W



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