Sénégal : Crise autour de la référence politique du pouvoir entre le président et le Premier ministre

Dans un climat politique tendu, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a publié un communiqué annonçant la révocation d’Aïssata Mbodj de la tête de la coalition « Diomaye Président », qui avait porté sa candidature à l’élection présidentielle. Il a désigné Aminata Touré pour lui succéder, justifiant cette décision par la volonté de « redynamiser la coalition » et d’en faire une structure « plus efficace, mieux organisée et performante ».

 

Mais le parti au pouvoir, Pastef, issu du mouvement d’Ousmane Sonko, a répliqué par un communiqué cinglant. Il y affirme que Diomaye Faye n’est pas président de la coalition mais seulement son candidat, et qu’il n’a donc aucune légitimité pour limoger Aïssata Mbodj. Le parti a aussi déclaré ne pas reconnaître Aminata Touré et a réaffirmé sa fidélité à la direction de Mbodj, laissant ainsi transparaître une fracture au sein même de la majorité.

 

Le risque d’une rupture précoce

 

Cet échange de communiqués révèle une question centrale : qui détient réellement la référence politique du pouvoir sénégalais ?

Depuis l’élection de Diomaye Faye, soutenu par le Pastef et par Ousmane Sonko, la cohabitation entre le président et son mentor politique repose sur un équilibre délicat. La victoire électorale a été le fruit d’un compromis : le charisme et la légitimité populaire de Sonko d’un côté, la candidature institutionnelle et le profil consensuel de Faye de l’autre.

 

L’éviction d’Aïssata Mbodj, proche de la ligne originelle du Pastef, semble marquer une tentative de Diomaye Faye d’affirmer son autonomie vis-à-vis du camp Sonko, en cherchant à bâtir une majorité plus directement alignée sur sa présidence.

La réaction du parti traduit, elle, la crainte d’une dilution de l’influence idéologique du Pastef, et la volonté de maintenir la cohérence du projet politique initial.

 

 

Entre la crise politique et la vitalité démocratique

 

Si ce bras de fer illustre une lutte d’influence, il peut aussi être interprété comme un signe de vitalité démocratique. Le débat se déroule à travers des communiqués et non dans la rue, et les institutions continuent de fonctionner.

La tradition politique sénégalaise, marquée par une culture du dialogue et du pluralisme, pourrait transformer cette tension en clarification nécessaire des rôles entre le président, le parti et les coalitions partenaires.

 

Derrière la querelle autour d’Aïssata Mbodj se profile un affrontement plus profond sur la nature du pouvoir au Sénégal :

le pays est-il désormais dirigé par un président en quête d’indépendance politique, ou reste-t-il sous l’influence du Pastef et de son fondateur Ousmane Sonko ?

 

Ce duel discret entre Diomaye Faye et Sonko constituera sans doute le test majeur de la cohésion de la nouvelle majorité, et plus largement, de la maturité démocratique sénégalaise.

 

Aqlame

أربعاء, 12/11/2025 - 10:03