LA CRISE DE L’ALTERNANCE EN MAURITANIE

Le drame politique mauritanien ne réside pas seulement dans la pauvreté, le chômage, les inégalités ou les insuffisances de l’action publique. Il réside avant tout dans la confiscation de la possibilité du changement. Car la véritable mesure d’une démocratie n’est pas l’organisation périodique d’élections, mais la capacité effective du peuple à remplacer ses dirigeants lorsque ils échouent .

Depuis plusieurs décennies, le même système politique exerce son emprise sur l’État, ses institutions et ses ressources. Les visages changent parfois, mais les mécanismes de pouvoir demeurent. Les centres de décision restent  les mêmes, les réseaux d’influence se perpétuent et les rapports de force favorisent ceux qui contrôlent l’appareil de l’état .

Dès lors, une question fondamentale se pose : l’alternance est elle une possibilité réelle ou rien qu’une promesse destinée à préserver les apparences ? Lorsqu’un système dispose simultanément des ressources publiques, de l’administration, des moyens d’influence et de la capacité de façonner les règles du jeu politique, la compétition perd toute sa substance. L’élection cesse d’être un instrument de choix souverain pour devenir un mécanisme de reproduction du pouvoir.

Cette situation a produit l’un des phénomènes les plus préoccupants de la vie politique nationale : l’installation du sentiment d’impuissance. Une grande majorité de nos citoyens doute désormais de la possibilité de remplacer le pouvoir . Or, lorsqu’un peuple cesse de croire à l’efficacité du vote et à l’équité de la compétition politique, c’est la légitimité de l’ensemble du système qui entre en crise.

La jeunesse mauritanienne paie aujourd’hui le prix le plus lourd de cette impasse. Elle a un pays aux immenses potentialités mais confronté à des difficultés persistantes d’emploi, de gouvernance, d’éducation et de justice sociale. Elle voit également l´absence totale de perspectives d’une participation politique capable de produire un changement réel.

Combien de temps encore faudra-t-il demander aux Mauritaniens de patienter ? Combien de temps encore faudra-t-il leur demander de croire que l’alternance viendra alors que tout semble organisé pour empêcher son avènement ? Une démocratie dans laquelle l’alternance demeure théoriquement possible mais pratiquement inaccessible finit inévitablement par perdre sa crédibilité.

Il est temps que cette situation prenne fin. Il est temps que l’alternance cesse d’être un slogan pour devenir une réalité. Il est temps que les citoyens, les forces politiques, les intellectuels, les syndicalistes, les jeunes et tous ceux qui refusent la résignation se mobilisent  pour exiger des règles du jeu réellement équitables, des institutions impartiales et des élections dont les résultats reflètent fidèlement la volonté populaire.

les privilèges ne se réforment que rarement d’eux-mêmes , alors que Les avancées démocratiques ont toujours été le fruit de l’action citoyenne, de l’engagement collectif et de la détermination des peuples à défendre leurs droits. Si l’alternance doit voir le jour en Mauritanie, elle ne sera pas le produit de la générosité du système ; elle sera le résultat de la pression de ceux qui refusent que leur pays demeure prisonnier d’un pouvoir devenu sa propre finalité.

ثلاثاء, 30/06/2026 - 14:13