
Entre le 8 et le 10 juillet 2025, Rudolf Attallah, premier directeur adjoint de la lutte contre le terrorisme au Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, a effectué une visite officielle à Bamako, la capitale du Mali. Cette visite s'est tenue à un moment particulièrement délicat, dans un contexte de profonds changements sécuritaires et géopolitiques dans la région du Sahel, où le statut des puissances occidentales traditionnelles est en déclin, tandis que de nouvelles puissances, telles que la Russie et la Turquie, émergent, profitant du vide laissé par le retrait des États-Unis et de la France du Niger et du Burkina Faso, ainsi que de la dissolution imminente de la mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) prévue pour fin 2023.
Rudolf Attallah n'est pas un simple représentant technique ; il est en effet l'un des principaux architectes des stratégies sécuritaires américaines en Afrique et possède une vaste expérience dans les dossiers liés au terrorisme transfrontalier. Il a antérieurement joué des rôles clés dans la réévaluation de la position américaine dans le Sahel suite au retrait des troupes de la base d'Agadez, au Niger. Cette expérience confère à sa visite au Mali une dimension stratégique dépassant le cadre purement protocolaire.
Cette visite intervient également dans le cadre de l'annonce par le Mali, le Niger et le Burkina Faso de la création d'une confédération et des efforts de ce dernier pour établir une force militaire conjointe contre le terrorisme. Avec l’augmentation des opérations jihadistes dans le centre du Mali, le besoin d'un soutien en matière de renseignement et de surveillance aérienne avancée s'est fait pressant, un soutien que Washington semble prêt à offrir dans le cadre d'un nouveau partenariat.
Lors de son séjour, Attallah a rencontré le ministre des Affaires étrangères, Abdallah Diop, ainsi que le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, pour discuter des moyens de relancer les programmes de formation technique, de sécuriser les frontières sud et d'améliorer l'échange d'informations sur les drones.
Bien que la visite ne se soit pas soldée par la signature d'accords officiels, les deux parties ont convenu d'une feuille de route technique, incluant la tenue de réunions trimestrielles au niveau des experts en sécurité, ce qui témoigne de la volonté américaine de reconstruire progressivement la confiance avec Bamako.
Attallah a également rencontré la presse malienne, déclarant que les États-Unis ne cherchent pas à imposer un agenda politique au Mali, mais souhaitent renforcer la sécurité à travers un partenariat respectueux de la souveraineté nationale. Ce discours traduit un changement tactique dans l’approche de Washington, qui aspire à se distancier du lourd héritage de l'expérience française dans le Sahel.
Les motivations de Washington pour cette visite sont multiples. En plus de son désir de renforcer les capacités du Mali face aux organisations extrémistes, les États-Unis cherchent à rétablir une présence de renseignement dans la région du Sahel central, notamment après leur retrait du Niger. Ils visent également à contrecarrer l'influence russe à Bamako, sans toutefois provoquer de confrontation directe avec Moscou. Pour ce faire, ils se concentrent sur des offres à « faible coût politique » en matière de formation et de techniques de renseignement, tout en évitant pour l’instant de faire des demandes liées à la gouvernance démocratique et aux droits de l'homme.
Par ailleurs, il semble que les autorités maliennes souhaitent diversifier leurs partenariats sans tomber dans une dépendance à l'égard d'un axe particulier. Bien que Bamako ait bénéficié du soutien russe et étendu ses collaborations avec la Turquie, elle est consciente que les États-Unis possèdent des capacités techniques et de renseignement difficiles à compenser.
Recevoir un soutien limité de Washington, sans conditions politiques strictes, pourrait également offrir à Bamako une marge de manœuvre supplémentaire dans ses relations avec Moscou et Ankara.
Les résultats initiaux de la visite sont limités sur le plan institutionnel, mais revêtent une importance symbolique. La reprise du dialogue officiel, après une rupture de plus de trois ans, ainsi que la confirmation par le côté américain du respect de la souveraineté malienne, représentent un changement dans l'approche de Washington envers le Sahel.
De plus, l'absence de signature immédiate d'accords permet aux deux parties de tester leurs intentions respectives sans s'engager dans des obligations contraignantes.
Concernant les scénarios futurs, trois grandes directions peuvent être envisagées :
La première serait la coexistence des influences américaine et russe au Mali, où Wagner conserverait son rôle combatif tandis que Washington fournirait un soutien limité en matière de renseignement et de technologie ;
La deuxième option impliquerait une transition progressive vers un axe de sécurité américano-malien clair, si la présence russe venait à diminuer ou si ce partenariat échouait ;
Enfin, la troisième option consisterait en un échec du dialogue et un retour à la rupture, un scénario qui semble peu probable actuellement mais qui pourrait s'intensifier en cas de défaillances sécuritaires ou de pressions américaines soudaines.
Dans l'ensemble, la visite de Rudolph Attallah à Bamako s'inscrit dans une tentative américaine de retrouver une présence au Sahel à travers une approche plus flexible et réaliste, prenant en compte l'humeur du public local et les changements dans l'équilibre des pouvoirs de la région. Si cette démarche réussit, nous pourrions assister à une transformation graduelle de la carte des partenariats en matière de sécurité en Afrique de l'Ouest dans les années à venir, sans nécessiter une concentration militaire classique, dont le coût politique est devenu très élevé.
Centre Awdagust d’études régionales



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