
À Nouakchott, la vie quotidienne ressemble à une partie de hasard jouée sur le fil du chaos. Non pas en raison d’une guerre ou d’une catastrophe soudaine, mais à cause d’une accumulation chronique de négligence, d’un effondrement structurel constant, et d’une indifférence prolongée face aux signaux d’alerte environnementaux, urbains et sociaux.
En temps normal, l’eau et l’électricité disparaissent pendant de longues heures, comme s’il s’agissait de privilèges passagers et non de droits fondamentaux. Les déchets s’entassent dans les rues, pourrissant devant les devantures des commerces et le long des routes, avant de trouver – lorsqu’elles existent – des décharges à ciel ouvert. L’absence de bacs à ordures couverts transforme les quartiers en foyers de mauvaises odeurs, de nuisibles et de polluants visuels et sanitaires, cernant les habitants dans leur propre environnement.
Mais le plus dangereux demeure invisible à l'œil nu. Le sol sur lequel repose la capitale est fragile, affaibli de l’intérieur par un réseau d’eau vétuste qui fuit ou explose ici et là. Les eaux propres se mêlent aux eaux usées, les égouts débordent ou stagnent sans issue, s’accumulant silencieusement sous les quartiers, altérant la composition du sol, rongeant les fondations, et minant ce qui reste de la cohésion urbaine.
En l’absence de véritables systèmes d’assainissement et de drainage pluvial, et avec une infrastructure d’eau potable en délabrement avancé, Nouakchott vit littéralement sur une bombe à eau humide, prête à exploser au premier épisode pluvieux sérieux.
Une partie de la capitale se trouvant déjà en dessous du niveau de la mer, et face à l’érosion continue des digues naturelles, le scénario d’une submersion d’un tiers de la ville – déjà évoqué dans des rapports environnementaux internationaux – est de moins en moins hypothétique. C’est un avenir effrayant qui se dessine lentement, nourri par l’urbanisation anarchique, l’inertie administrative, et le manque de vision à long terme.
Ce qui aggrave la situation, c’est que Nouakchott est encore loin d’atteindre le minimum des critères fixés par l’Objectif de Développement Durable n°11 des Nations Unies, qui appelle à rendre les villes inclusives, sûres, résilientes et durables d’ici 2030. L’habitat précaire, les transports non organisés, l’abandon des espaces publics, l’absence de planification urbaine, et l’échec dans la gestion des catastrophes sont autant de symptômes flagrants d’un échec urbain.
Et comme pour noircir davantage le tableau, le pays s’apprête à entrer dans une nouvelle saison des pluies, sans la moindre stratégie cohérente pour en gérer les conséquences. Les pompes manuelles, les vidanges improvisées, et les interventions ponctuelles ont prouvé leur inefficacité année après année. Le transfert des infrastructures vitales vers des zones sûres ne figure toujours pas à l’agenda des décideurs, alors même que le sol gronde, l’environnement alerte, et que le temps presse.
Nouakchott n’a pas besoin de solutions provisoires, mais d’une révolution dans la planification, les infrastructures et les mentalités. Une ville ne peut se développer si elle se noie dans ses eaux usées, s’asphyxie dans ses déchets, et se désagrège par l’intérieur. Aucun discours de circonstance ni aucune initiative protocolaire ne pourra contenir la catastrophe lorsqu’elle frappera.
Il est temps de regarder la réalité en face, de nommer les choses comme elles sont. La capitale n’a pas seulement besoin de façades rénovées, elle a besoin qu’on sauve ses fondations. Autrement, une autre saison de pluie pourrait bien faire tomber d’autres maisons... et davantage de masques.
Traduction de l'article original en arabe publié sous le titre : نواكشوط على حافة الغرق... موسم الأمطار يكشف عجز العاصمة



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