L’orpaillage en Mauritanie: gains immédiats… pertes durables

Bien que l’orpaillage artisanal en Mauritanie procure un revenu rapide à une partie de la population, la réalité plus profonde – et plus préoccupante – est que cette activité constitue une bombe à retardement menaçant l’environnement, la paix sociale et la santé publique. Pire encore, elle compromet les perspectives de développement durable dans le pays.

Sans planification ni évaluation préalable de ses impacts écologiques et sociaux, les autorités ont ouvert grand les portes à des vagues de chercheurs d’or, dans une démarche chaotique dépourvue de toute vision stratégique ou sens du développement à long terme. Des milliers de citoyens ont ainsi été envoyés vers des zones reculées, souvent dangereuses, dans des conditions insalubres, livrés à un marché noir d’équipements et de substances hautement toxiques comme le mercure et le cyanure – désormais omniprésents dans ces "villes temporaires" qui surgissent du néant avant de disparaître, laissant derrière elles désolation et tensions.

Ce phénomène n’est pas unique à la Mauritanie. Des pays comme le Soudan, le Tchad ou encore le Mali en font aujourd’hui les frais : désertification accélérée, pollution des sols et des nappes phréatiques, violences communautaires, insécurité, et même développement de réseaux criminels autour de l’exploitation informelle de l’or.

Plutôt que de tirer les leçons de ces expériences, les autorités mauritaniennes ont choisi de consolider cette voie en créant l’entreprise publique Maaden Mauritanie, avec pour mission apparente d’encadrer et d’organiser le secteur. En réalité, cette démarche illustre une volonté assumée de pérenniser une politique aux conséquences désastreuses, tout en lui donnant un vernis institutionnel.

Or, ce projet repose sur des fondations fragiles. Maaden est née dans un contexte marqué par le favoritisme et le clientélisme, et son action se limite souvent à gérer les apparences : quelques mesures cosmétiques ici et là, sans réelle stratégie de fond. Aucun cadre rigoureux de protection de l’environnement, aucune surveillance sérieuse de l’usage des produits toxiques, aucune politique de prévention des conflits sociaux induits par cette ruée vers l’or, et surtout, aucune vision de sortie de ce modèle précaire de croissance.

Poursuivre dans cette voie, sans évaluation lucide et courageuse des risques, relève d’une forme de myopie ou de légèreté politique. Les nations qui respectent leur peuple et leur avenir ne sacrifient pas l’écosystème sur l’autel du profit immédiat, ni ne ferment les yeux sur une anarchie qui coûtera cher à moyen et long terme.

Ce dont la Mauritanie a besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’une "entreprise pour enjoliver la catastrophe", mais d’un choix politique fort et structurant : stopper l’hémorragie, remettre les priorités à leur place, et engager une transition vers un modèle de développement durable, au service de tous et des générations futures.

 

 

Ce texte est une version française traduite d’un article original rédigé en arabe.

اثنين, 07/07/2025 - 13:20