Le Fouta était également sous la domination des Maures

Certains historiens pulaars contestent même l'existence du Moudo Horma et prétendent qu'il s'agissait par inadvertance des Hormans, des mercenaires marocains qui ont lancé une attaque contre le Fouta.
D'autres comédiens, pour honorer Thierno Souleimane Bal sur scène, ont mentionné la suppression de ce tribut par le chef de la révolution des Torodos, mais évoquent 5 kg d'or sans préciser à qui le tribut était versé.

Depuis quand produit-on de l'or au Fouta ?

Non, c'était du mil. Exactement, Moud Al Hormatou est un tribut de 5 kg de mil par ménage et par an que les habitants du Fouta payaient aux Maures pour s'assurer de leur protection contre les razzias. (Kane Oumar. Les Maures et le Futa-Toro au XVIIIe siècle).
Cet impôt a été supprimé par le chef de la révolution islamique des Torodo, qui a également mis fin à la soumission des Toucouleurs, qu'il a libérés du joug des Peuls.
D'après Oumar Kane, historien et ancien doyen de la faculté des lettres de l'université de Dakar, les Foutanké étaient aussi soumis à la domination des Maures. Il écrit : ‘’En compulsant les documents d'archives, je me suis rendu à l'évidence. La chute du régime des Dényankobé est le résultat de la mainmise maure sur les affaires du pays’’.

Malgré tout, les Peuls ont perdu le pouvoir après avoir gouverné le Fouta pendant plus de deux siècles. Cependant, les Maures étaient là pour les soutenir contre les Toucouleurs et ont décapité leur révolution en éliminant son leader. Sire-Abbass Soh relate ici les circonstances de la disparition de Thierno Souleimane Bal, qui a été éliminé par les Oulad Nacer.

‘’Le cheikh, qui avait jusqu'alors dirigé l'expédition, en passa le commandement au commentateur du boggel Ahmadu- Samba. Les 'Ulâd-Annaser eurent alors le dessus sur l'armée du Fûta : le commentateur du boggel Ahmadu -Samba, natif de Dyàba, fut blessé, et mourut de sa blessure : que Dieu le très haut lui fasse miséricorde et continue à nous faire profiter de la bénédiction qu'il lui avait accordée ! ainsi soit-il. Les Maures blessèrent aussi 'Àli-Dyam dans le village de Hôre-Fônde. Beaucoup de gens périrent au cours de cette expédition, principalement des hommes de la tribu des Hebbiyâbe, qui se firent tuer sous le cheval du commentateur Ahmadu-Samba au nombre de 42 ou même davantage. C'est au même moment que périrent Mâlik-Tyayfal du village de Pefeet Gannè du village de Dyûde-Dyâbi. C'est également au cours de cette campagne que disparut le cheikh Suleyman-Bâl : lorsque la nouvelle de ces événements lui était parvenue, il était retourné sur ses pas, mais une fois arrivé au bord du fleuve, il disparut ce même jour et on ne le revit plus ensuite. (Chroniques du Futa Sénégalais. P41)

En outre, si les Oulad Abdallah et les Oulad Nacer n'avaient pas été là, les Peuls auraient été privés de terre au Fouta. En effet, c’est grâce au soutien militaire de ces tribus guerrières maures, que les Dényankobé ont forcé le nouveau maître du Fouta, Abdel Kader Kane, à leur abandonner : ‘’la partie orientale du Futa avec les terrains de la rive droite autour de Wali de Sange et de Padalal ‘’ (Kane, 252).

Ce petit bout du passé nous renseigne sur les racines de la question nationale, où les activistes toucouleurs sont généralement en pointe dans la lutte contre 'le système beïdane', et pourquoi les Peuls restent en retrait, le plus souvent.

Ely Ould Sneiba
Le 19 juillet 2026

أحد, 19/07/2026 - 10:16