
Après la comparaison avec les pays voisins, une autre question s’impose : que contient exactement le prix payé par le consommateur mauritanien à la pompe ?
Car le prix du carburant ne se limite pas au coût d’achat du produit sur le marché international, ni au transport. Il intègre aussi une série de charges, de taxes et de redevances qui finissent, directement ou indirectement, par être supportées par l’usager.
La Mauritanie consomme environ un million de tonnes métriques de produits pétroliers par an. Le gasoil représente à lui seul près de 60 % de cette consommation. Il est suivi du fioul, autour de 25 %, puis de l’essence, à 12 %, et du kérosène, à environ 3 %.
Dans cette structure, plusieurs organismes interviennent. La Société de Gestion des Installations Pétrolières (GIP), filiale de la SNIM, perçoit des frais liés au stockage, au transfert des produits et aux pertes techniques. Ces frais sont estimés à 75,36 MRU par hectolitre pour l’essence, 48,49 MRU pour le gasoil, 50,94 MRU pour le kérosène et 44,55 MRU pour le fioul.
Au total, les montants versés à la GIP dépasseraient 5 milliards d’anciennes ouguiyas par an. Un chiffre important, qui relance le débat sur le rapport entre les coûts facturés et la qualité réelle des prestations fournies.
À ces frais s’ajoutent ceux de la SOMIR, chargée du contrôle de qualité et des analyses de laboratoire. Ils sont fixés à 3,8 MRU par hectolitre, pour un total annuel estimé à près de 380 millions d’anciennes ouguiyas.
La liste ne s’arrête pas là. Des taxes locales sont également prélevées au profit des collectivités territoriales : 14,37 MRU par tonne pour le fioul, 12,73 MRU pour le gasoil, 11,32 MRU pour l’essence et 11,93 MRU pour le kérosène. Le montant global avoisinerait 129 millions d’anciennes ouguiyas par an.
Autre poste significatif : la redevance de régulation versée à la Commission nationale des hydrocarbures. Elle atteint 12,27 MRU par hectolitre pour le gasoil, 10,68 MRU pour l’essence, 11,95 MRU pour le kérosène et 4,68 MRU pour le fioul. À elle seule, cette redevance rapporterait plus d’un milliard d’anciennes ouguiyas chaque année.
Un autre élément pèse aussi dans la structure actuelle : le coût de construction de nouvelles capacités de stockage stratégique, évaluées à 100 000 tonnes métriques. Le projet, estimé à 36 millions de dollars, soit environ 15 milliards d’anciennes ouguiyas, aurait été intégré à la structure des prix. Résultat : une majoration d’environ 16,36 dollars sur les produits pétroliers.
S’y ajoute encore une contribution destinée à la Société de transport public, estimée à près d’un milliard d’anciennes ouguiyas par an. Là encore, la question se pose : pourquoi une telle charge doit-elle être supportée par le consommateur de carburant ?
Pris séparément, certains de ces montants peuvent sembler justifiables. Mais une fois additionnés, ils deviennent un facteur important dans la formation du prix final. C’est précisément cette accumulation qui nourrit aujourd’hui les interrogations.
Dans un contexte de hausse du coût de la vie et de pression sur le pouvoir d’achat, la révision de la structure des prix apparaît donc comme un chantier incontournable. Elle permettrait de distinguer les charges réellement nécessaires de celles qui pourraient être réduites, déplacées ou tout simplement retirées du prix payé à la pompe.



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