Vers une hausse du carburant en Mauritanie après l’envolée du pétrole mondial

Dans un contexte de montée des tensions géopolitiques dans la région du Golfe, les marchés mondiaux connaissent une forte hausse des prix du pétrole et des produits raffinés. Cette situation se répercute rapidement sur les coûts du transport et de l’énergie à l’échelle internationale. Pour la Mauritanie, qui dépend largement de l’importation des produits pétroliers, ces évolutions pourraient exercer une pression directe sur les prix intérieurs et le coût de la vie, ce qui appelle à anticiper leurs effets potentiels sur l’économie nationale.

 

Le prix du Brent a ainsi bondi durant la nuit pour atteindre environ 120 dollars le baril, dans un contexte d’intensification des tensions dans le Golfe, marqué par une forte baisse de la production en Irak et une quasi-paralysie du trafic maritime dans le détroit d’Hormuz.

 

Au cours de la semaine dernière, les principaux indices internationaux ont enregistré de fortes hausses :

 

• Brent daté : 94,37 $/baril (+23,30 $ en 7 jours)

• Gasoil NWE : 979,93 $/mt (+248 $ en 7 jours)

• Jet fuel NWE : 1 189,93 $/mt (+391 $ en 7 jours)

• Essence EBOB : 862,16 $/mt (+144 $ en 7 jours)

• Fuel oil 3,5 % : 558,93 $/mt (+163 $ en 7 jours)

 

En Italie, les prix du carburant à la pompe ont déjà augmenté à la suite des tensions géopolitiques :

 

• Diesel : +16 %

• Essence : +6,7 %

 

 

Impact direct en Mauritanie

 

 

La Mauritanie fixe les prix des carburants selon une formule basée sur le prix de cession :

 

FOB Méditerranée + Fret + Assurance + Financement

 

Cela signifie que toute hausse sur les marchés internationaux se répercute rapidement sur les prix locaux.

 

Les estimations actuelles indiquent :

 

• Diesel : de 49,96 N-UM/L à environ 58 N-UM/L (+8 N-UM/L)

• Essence : de 56,64 N-UM/L à environ 60,5 N-UM/L (+3,8 N-UM/L)

• Fuel oil : hausse d’environ 1,5 à 2 N-UM/L équivalent

 

 

Les facteurs de hausse des coûts

 

1. Le transport maritime (Lavera → Nouadhibou / Nouakchott)

Le coût du fret maritime est habituellement d’environ 60 $/mt, mais avec la crise et les perturbations autour du détroit d’Hormuz, il pourrait dépasser 90 à 100 $/mt.

Impact : +30 à 40 $/mt.

 

2. L’assurance maritime

Le taux d’assurance est généralement d’environ 1 % de la valeur de la cargaison (FOB + fret), mais en période de tensions il peut dépasser 5 %.

Impact : plus de 30 $/mt supplémentaires.

 

3. Le financement (SOFR)

• Le SOFR à 3 mois est d’environ 5,2 % en mars 2026

• Avec une marge bancaire d’environ 1 %

Le coût total du financement atteint donc environ 6,2 %.

 

 

Message aux autorités

 

Compte tenu de la forte sensibilité de la formule de prix aux marchés internationaux, la hausse du Brent, du gasoil NWE ou Méditerranée, ainsi que l’augmentation des coûts de fret et d’assurance pourraient entraîner une hausse significative des prix du carburant en Mauritanie.

 

Il est donc urgent que le Ministère du Pétrole et de l’Énergie :

• active les mécanismes de lissage des prix

• prépare des subventions ciblées pour les populations les plus vulnérables

• anticipe les impacts budgétaires et sociaux de ces hausses

 

 

Recommandation stratégique

 

Afin de gérer prudemment les stocks et d’éviter toute pénurie de carburant, il serait possible de :

 

• instaurer un quota mensuel par citoyen via l’application “Houwiyeti” :

• 60 litres de diesel par mois

• 40 litres d’essence par mois

 

Ce mécanisme permettrait :

• de garantir une distribution équitable des carburants

• de préserver les stocks nationaux en période de tension

 

 

Anticiper les cas de force majeure

 

Si les grandes compagnies pétrolières et gazières déclarent un cas de force majeure, elles pourraient être libérées de certaines obligations contractuelles. Dans ce type de situation, les traders pétroliers ont tendance à réorienter les cargaisons vers les marchés les plus rentables.

L’auteur de l’analyse met en garde : si aucune mesure n’est prise dès maintenant, le pays pourrait faire face à un risque de pénurie de carburant, allant jusqu’à devoir recourir, selon son expression, à des moyens de transport traditionnels.

 

Nour Dine

Ingénieur principal – secteur pétrole et gaz (O&G)

اثنين, 09/03/2026 - 15:29