
Natascha a fait la découverte envoûtante du désert pour la première fois en 2008, lors d’un voyage fascinant en Algérie et au Niger. Cependant, ce n’est qu’en 2010, lors de son arrivée en Mauritanie, que son histoire avec ce pays a pris un tournant déterminant et profondément marquant. Accompagnée d’un ami fidèle, elle se rend à Atar avec l’intention d’organiser un voyage d’entraide pour des patients psychiatriques, afin de leur offrir une chance unique de se reconnecter avec eux-mêmes tout en rencontrant la majesté du désert. Ce périple allait non seulement enrichir leurs vies, mais allait aussi marquer le début d’une aventure personnelle qui allait bouleverser à jamais celle de Natascha.
Après un court séjour à Atar, elle décide de prolonger son immersion en se rendant à Chinguetti pour un week-end, et c’est là, au cœur de cette ville légendaire, que le destin frappe. Captivée par la beauté brute et intemporelle du désert, ainsi que par la simplicité et la sagesse des habitants, Natascha ressent en elle un appel profond et irrépressible, un lien mystérieux qu’elle ne peut ignorer. Elle découvre un monde parallèle, où la nature et l’humanité se fondent en une harmonie parfaite.
En 2011, elle retourne en Mauritanie, cette fois pour retrouver un ami rencontré lors de son précédent voyage. Ensemble, ils entreprennent un périple pédestre entre Chinguetti et Lagueila, avant de se rendre dans un coin reculé et presque mythique de la brousse, Dakhlet Lemize, où une rencontre émouvante avec une famille locale scelle son destin. Ces expériences forgent en elle une relation sincère, authentique et inébranlable avec le pays, une relation qui va bien au-delà de la simple curiosité touristique.
Mais le contexte politique instable de la région dissuade de nombreux voyageurs européens, et Natascha ne reviendra en Mauritanie qu’en 2018. Cette fois-ci, elle arrive par avion charter, et son ami l’emmène à Atar, où elle découvre une nouvelle dimension de la Mauritanie. Là, dans le village d’Enewje, près de Ouadane, elle rencontre la famille Boukheir. Un accueil chaleureux, un regard plein de reconnaissance, et Natascha se sent chez elle dans ce petit coin du monde. Elle trouve un terrain fertile pour ses projets d’entraide et décide de s’engager pleinement. Touchée par la dignité et la simplicité de la vie des habitants, elle commence par financer l’approfondissement des puits, assurant ainsi un accès durable à l’eau potable pour la communauté. Cet acte de générosité fait naître une confiance mutuelle qui s’épanouit dans de nouveaux projets : un poulailler pour améliorer l’alimentation locale, suivi de la construction d’un petit centre de santé, apportant des soins essentiels à ceux qui en ont le plus besoin.
La famille Boukheir, profondément touchée par son engagement, l’adopte presque comme l’un des leurs. Ils lui attribuent le surnom de « Natascha Mint Boukheir », un geste symbolique qui marque son intégration totale dans ce monde qu’elle a appris à aimer. Si elle se sent désormais chez elle parmi eux, un dilemme persiste : comment concilier cet amour indéfectible pour la Mauritanie et sa famille en Europe, qui reste dépendante d’elle ? Parfois, Natascha rêve de vivre pleinement dans ce désert fascinant, mais les liens familiaux et la distance rendent ce rêve difficile à réaliser. Elle se trouve ainsi suspendue entre deux mondes, deux réalités, chacune ayant son propre appel, ses propres exigences et ses propres souffles.
La générosité sans bornes de Natascha et son engagement inébranlable à améliorer la vie des autres révèlent une personne profondément attachée à ses racines, mais aussi capable de se réinventer au cœur d’une autre terre, celle du désert et de l’humanité. Un équilibre fragile, mais d’une force incontestable, nourri d’amour et de solidarité. Ce voyage entre deux mondes, ce pont entre l’Europe et la Mauritanie, continue d’enrichir l’âme de Natascha et les vies des nombreuses personnes qu’elle touche. Un équilibre qui, chaque jour, l’encourage à poursuivre son travail, tant sur le terrain qu’au plus profond de son cœur.
Sidi Ahmed Cheine