Des dégradations sur le pont de Touejkijit relancent les interrogations sur la qualité des travaux

Des dégradations apparues sur le pont de Touejkijit, dans la wilaya du Brakna, quelques jours seulement après l’annonce par le ministère de l’Équipement et des Transports de l’achèvement des travaux, suscitent des interrogations sur la qualité de certaines composantes de l’ouvrage et sur le respect des exigences techniques liées au remblaiement, au compactage, à la protection contre l’affouillement et à l’évacuation des eaux pluviales.

Les images diffusées montrent une érosion nette des sols et des remblais au contact de la structure en béton, avec la formation d’une cavité sous le bord de la chaussée et à proximité de l’une des extrémités de l’ouvrage. Une autre image fait apparaître un joint ou une fissure dans la partie supérieure en béton, ainsi que certaines irrégularités visibles au niveau des finitions.

Selon un ingénieur spécialisé en génie civil, qui a souhaité garder l’anonymat, les seules images ne permettent ni de se prononcer définitivement sur la sécurité de l’ouvrage, ni d’établir l’existence d’un défaut structurel. Une telle conclusion nécessiterait, selon lui, une inspection sur site, l’examen des plans d’exécution ainsi que des résultats des essais réalisés durant les travaux.

L’ingénieur estime néanmoins que les images révèlent plusieurs éléments qui justifient une vérification de la qualité des remblais, de leur niveau de compactage, de la nature des matériaux utilisés, ainsi que de l’efficacité du dispositif de drainage et des protections contre l’affouillement autour de l’ouvrage.

L’érosion observée le long de la structure en béton pourrait, selon lui, s’expliquer par plusieurs facteurs : un compactage insuffisant des remblais, l’utilisation de matériaux facilement érodables, une protection latérale insuffisante ou encore une concentration des eaux de pluie en certains points, entraînant le ravinement des sols autour de l’ouvrage.

L’une des images montre également la présence d’une protection en pierres placées dans des cages métalliques de type « gabions » devant une partie de l’ouvrage. Cette technique est généralement utilisée pour limiter l’affouillement, réduire les effets du ruissellement et stabiliser les sols. Mais l’apparition de dégradations dans des zones voisines pose, selon cette lecture technique, la question de l’étendue et du dimensionnement de ces protections au regard du débit et de la vitesse des eaux pris en compte lors de la conception.

S’agissant du joint ou de la fissure visible dans la partie supérieure de l’ouvrage, l’ingénieur souligne qu’il n’est pas possible, à partir de la seule photographie, de la qualifier de fissure structurelle. Il pourrait s’agir d’un joint de dilatation ou d’un joint de reprise de bétonnage prévu dans les plans. Son aspect justifie toutefois, selon lui, un examen des documents techniques afin d’en déterminer la nature et de vérifier la bonne exécution des dispositifs de liaison et d’étanchéité.

Ces observations prennent une importance particulière en raison du calendrier : les dommages sont apparus peu après l’annonce de l’achèvement des travaux, à la suite de précipitations décrites comme modérées.

Pour l’ingénieur, cette situation soulève notamment la question de savoir si l’ensemble des travaux de protection, de drainage et de stabilisation des remblais avait effectivement été achevé avant l’annonce de la fin du chantier.

Dans les projets routiers et les ouvrages d’art, l’achèvement des travaux ne se limite pas à la structure en béton ou à la couche d’enrobé. Il suppose également la qualité du remblaiement et du compactage, la stabilisation des talus, l’évacuation correcte des eaux de surface ainsi que la protection des entrées et sorties de l’ouvrage contre l’affouillement et l’érosion.

Les dégradations visibles soulèvent ainsi plusieurs questions techniques qui appellent des précisions de la part du ministère de l’Équipement et des Transports, du bureau de contrôle et de l’entreprise chargée des travaux. Il s’agit notamment de savoir si des essais de densité et de compactage ont été réalisés sur les remblais au voisinage de l’ouvrage, quels en ont été les résultats, si les protections contre l’affouillement ont été exécutées conformément aux plans initiaux, et quelle est précisément la nature du joint visible dans la partie supérieure de la structure.

أحد, 09/08/2026 - 15:03