Politique monétaire en Mauritanie : les réformes de la BCM commencent-elles à atteindre l’économie réelle

Le « Rapport sur la situation macroéconomique », publié par le ministère des Finances en juillet 2026 et annexé au Document de programmation budgétaire à moyen terme (2027-2029) dans le cadre de la préparation du projet de loi de finances 2027, met en évidence une évolution importante de la politique monétaire mauritanienne après plusieurs années consacrées à la lutte contre l’inflation et au rétablissement des équilibres macroéconomiques.

 

Si les indicateurs officiels font état d’un recul de l’inflation, d’une baisse des taux d’intérêt et d’une stabilité du taux de change, une question demeure : ces améliorations profitent-elles réellement à l’investissement, au financement des entreprises et à l’économie réelle, ou restent-elles confinées aux indicateurs macroéconomiques ?

Selon le rapport, la Banque centrale de Mauritanie a progressivement fait évoluer son orientation, passant d’une politique essentiellement axée sur la maîtrise de l’inflation à une approche davantage tournée vers le soutien de la croissance. L’inflation moyenne est ainsi passée de 4,9 % en 2023 à 2,3 % en 2024, puis à 1,6 % en 2025, ouvrant la voie à un assouplissement de la politique monétaire.

 

Dans ce contexte, le taux directeur a été ramené de 8 % à 6,5 %. Les taux moyens appliqués aux crédits en monnaie nationale ont reculé de 11,2 % à 10,4 %, tandis que ceux des prêts en devises sont passés de 10 % à 9,3 %. Le crédit accordé au secteur privé a, quant à lui, progressé de 104,2 milliards à 117,6 milliards d’ouguiyas, parallèlement à une amélioration du taux de change effectif réel de l’ouguiya.

 

Ces évolutions traduisent un environnement monétaire plus stable. Toutefois, elles ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer l’efficacité de la politique monétaire. Le véritable indicateur de réussite réside dans sa capacité à stimuler l’investissement productif, soutenir la création d’entreprises et favoriser l’emploi.

Or, si le rapport souligne l’augmentation du crédit au secteur privé, il ne précise ni la répartition sectorielle de ces financements, ni la part bénéficiant aux petites et moyennes entreprises, pourtant essentielles à la diversification économique. Il ne permet pas davantage d’évaluer dans quelle mesure la baisse du taux directeur s’est effectivement traduite par un accès plus facile ou moins coûteux au crédit pour les acteurs économiques.

Cette situation met en lumière l’un des principaux défis de la politique monétaire en Mauritanie. En effet, même lorsque la Banque centrale réduit son taux directeur, le coût du crédit peut demeurer élevé en raison d’autres facteurs : perception du risque, exigences de garanties, niveau de concurrence entre les établissements bancaires ou encore coût des ressources des banques.

Le rapport met également en avant la stabilité du taux de change, qui constitue l’un des acquis majeurs de la période récente. Celle-ci contribue à limiter l’inflation importée, à renforcer la confiance des investisseurs et à améliorer la visibilité des entreprises opérant dans une économie fortement dépendante des importations et des exportations de matières premières. Cette stabilité reste toutefois étroitement liée aux recettes en devises provenant du fer, de l’or et, désormais, du gaz.

 

Le document relève par ailleurs une évolution qui mérite attention. Si l’inflation moyenne annuelle est tombée à 1,6 %, l’indice des prix à la consommation en glissement annuel atteignait 4,1 % à la fin de 2025, dépassant légèrement l’objectif officiel de 4 %. Cette évolution montre que les tensions inflationnistes n’ont pas totalement disparu et que la Banque centrale devra continuer à arbitrer entre soutien à la croissance et maintien de la stabilité des prix.

 

Ces évolutions interviennent alors que le gouvernement mise sur le développement du gaz, aux côtés des secteurs minier et des investissements publics, pour soutenir la croissance dans les prochaines années. Dans ce contexte, la politique monétaire sera appelée à accompagner cette nouvelle phase sans compromettre les équilibres financiers et monétaires.

Au final, les indicateurs témoignent d’une amélioration sensible de la stabilité monétaire en Mauritanie. Mais le succès des réformes ne pourra être pleinement apprécié qu’à travers leur capacité à produire des effets tangibles sur l’économie réelle : un financement plus accessible, davantage d’investissements productifs, une activité économique plus dynamique et une croissance dont les bénéfices seront perceptibles par les entreprises comme par les citoyens.

 

Ahmed. H

أحد, 19/07/2026 - 17:27