
La décision de la Banque centrale de Mauritanie de relever son taux directeur de 6 % à 6,5 % soulève une question essentielle : cette mesure peut-elle réellement protéger le pouvoir d’achat des citoyens ou s’agit-il surtout d’un signal macroéconomique destiné aux partenaires financiers ?
En théorie, la hausse du taux directeur vise à contenir l’inflation en rendant le crédit plus coûteux, donc en limitant la demande. Mais dans le cas mauritanien, le lien entre le taux directeur et la vie quotidienne des citoyens reste faible. Les banques commerciales prêtent déjà à des taux très élevés, souvent autour de 20 à 25 %, avec des garanties lourdes, des frais importants et parfois des marges prélevées à l’avance. Dans ces conditions, passer de 6 % à 6,5 % ne change presque rien pour le citoyen ordinaire, qui a déjà un accès très limité au crédit bancaire.
Le vrai problème se situe ailleurs. Il est dans la hausse du panier ménager, la stagnation des salaires, la dépréciation de l’ouguiya, la dépendance aux importations et la faiblesse de la production locale. L’inflation ressentie par les ménages ne provient pas seulement d’un excès de demande intérieure que l’on pourrait corriger par une hausse des taux. Elle est largement liée aux prix des produits importés, aux coûts du transport, aux marges commerciales et à la vulnérabilité du marché national face aux chocs extérieurs.
Ainsi, cette décision ressemble davantage à un message de discipline monétaire adressé aux institutions financières internationales qu’à une mesure concrète de protection du pouvoir d’achat. Elle peut rassurer les partenaires sur la volonté de la Banque centrale de contrôler l’inflation et de préserver la stabilité macroéconomique, mais elle ne répond pas directement aux difficultés vécues dans les marchés, les ménages et les petites entreprises.
Pour être crédible, une telle décision devrait être accompagnée de chiffres clairs : quel est le niveau réel du crédit à l’économie ? Quel est le poids du crédit bancaire dans la consommation des ménages ? Quel impact concret la hausse du taux directeur aura-t-elle sur les prix ? Sur l’investissement ? Sur les petites et moyennes entreprises ? Sans ces données, le discours monétaire reste abstrait et risque de devenir une justification politique plutôt qu’une véritable analyse économique.
Le danger est que la politique monétaire donne l’impression d’agir, tout en laissant intactes les causes profondes de la crise sociale. Car le citoyen ne souffre pas d’abord du niveau du taux directeur ; il souffre du prix du riz, de l’huile, du sucre, du transport, du logement, des médicaments et de la faiblesse de son revenu réel.
En définitive, la hausse du taux directeur peut avoir une valeur symbolique dans la gestion macroéconomique, mais elle ne suffit pas à protéger les Mauritaniens contre la vie chère. La réponse devrait plutôt combiner maîtrise des prix, soutien à la production nationale, amélioration des revenus, contrôle des marges abusives et accès plus juste au financement. Sans cela, la Banque centrale risque de parler aux marchés et aux partenaires, pendant que le citoyen continue de payer le prix fort.



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