
A chaque tension sur les marchés pétroliers, la même question refait surface à Nouakchott : la Mauritanie a-t-elle intérêt à s’approvisionner davantage auprès de l’Algérie plutôt que de continuer à dépendre du marché international via des opérateurs comme Addax ? La question est revenue avec force ces dernières semaines, dans un contexte de flambée des prix de l’énergie liée aux perturbations régionales. Reuters a notamment relevé que les chocs sur les marchés pétroliers ont touché de nombreux pays africains importateurs, dont la Mauritanie.
Sur le papier, l’option algérienne a des atouts évidents. L’Algérie est un producteur et exportateur d’hydrocarbures, et la coopération énergétique avec la Mauritanie n’est plus théorique. En janvier 2026, la Société Mauritanienne des Hydrocarbures a signé avec Sonatrach un mémorandum d’entente destiné à renforcer la coopération dans le secteur pétrolier et à explorer des pistes de partenariat plus poussées. Cela donne à l’idée d’un approvisionnement algérien une base politique et institutionnelle réelle.
Pour la Mauritanie, un tel schéma pourrait offrir plusieurs avantages. D’abord, une diversification des sources d’approvisionnement, ce qui est toujours précieux pour un pays importateur. Ensuite, un cadre bilatéral potentiellement plus stable que le marché spot international, très sensible aux tensions géopolitiques, aux coûts d’assurance maritime et aux variations brutales des prix. Enfin, dans une lecture plus stratégique, un axe algérien pourrait s’inscrire dans un partenariat économique plus large, au-delà du seul carburant.
Mais ce raisonnement se heurte rapidement à une réalité bien plus concrète : dans le secteur des hydrocarbures, le fournisseur ne fait pas tout. La logistique compte au moins autant que l’origine du produit. Or, le modèle actuellement utilisé par Addax repose sur une mécanique déjà opérationnelle, adossée à des circuits de financement et d’approvisionnement bien installés. L’IFC a confirmé en 2023 que son dispositif de financement avec Addax visait précisément à soutenir l’importation, le stockage et la distribution de produits pétroliers vers l’Afrique de l’Ouest et la Mauritanie.
C’est ici qu’apparaît le véritable nœud du débat. La Mauritanie souffre d’un déficit de capacités de stockage, ce qui réduit sa marge de sécurité et la rend plus vulnérable au moindre retard de livraison. Dans ces conditions, Addax bénéficie d’un avantage décisif : l’entreprise ne se limite pas à acheter du carburant sur le marché international, elle s’appuie aussi sur une proximité logistique qui lui permet de réagir vite. Selon l’analyse du marché, cette souplesse repose en partie sur des capacités de stockage proches de la Mauritanie, notamment à Las Palmas, ce qui facilite un ravitaillement rapide et relativement fluide. Sur un marché où la continuité d’approvisionnement est essentielle, cet atout pèse lourd.
Autrement dit, la comparaison entre l’option algérienne et le modèle Addax ne peut pas se réduire à une opposition entre “proximité géographique” et “marché international”. Le véritable enjeu est ailleurs : qui est aujourd’hui capable d’assurer, sans rupture, un approvisionnement régulier, rapide et techniquement fiable ? Sur ce terrain, Addax part avec une longueur d’avance, non pas parce que le marché international serait intrinsèquement supérieur, mais parce que sa chaîne logistique est déjà en place.
Cela ne signifie pas pour autant que l’option algérienne est sans avenir. Au contraire, elle peut constituer une alternative crédible à moyen terme, à condition que la Mauritanie règle d’abord sa faiblesse structurelle en matière de stockage et de logistique. Tant que le pays ne disposera pas de capacités suffisantes à l’intérieur de ses frontières ou d’un mécanisme d’appui équivalent, le simple fait d’avoir un fournisseur voisin ne suffira pas à garantir un approvisionnement plus efficace.
Il faut aussi éviter une autre illusion : un approvisionnement depuis l’Algérie ne serait pas automatiquement moins cher. Le coût final du carburant dépend de multiples variables : transport, financement, rapidité de livraison, stockage, risques opérationnels et qualité de la chaîne logistique. Un fournisseur plus proche n’est pas toujours, dans les faits, le plus compétitif si toute l’infrastructure de soutien n’est pas au rendez-vous.
Dans ces conditions, la piste la plus réaliste pour la Mauritanie n’est sans doute pas de remplacer brutalement Addax par un schéma algérien, mais de construire un modèle hybride. L’intérêt de Nouakchott serait de conserver la flexibilité qu’offre aujourd’hui le système international tout en développant progressivement un axe algérien, à mesure que les infrastructures, les accords d’exécution et les capacités de stockage évoluent. Le mémorandum signé entre la SMH et Sonatrach ouvre justement cette possibilité, mais il reste, pour l’heure, un cadre de coopération plus qu’un système d’approvisionnement déjà mature.
Au fond, la question n’est pas de choisir entre l’Algérie et Addax comme s’il s’agissait de deux options exclusives. La vraie question est de savoir comment la Mauritanie peut sécuriser son approvisionnement en carburants dans la durée. Aujourd’hui, le modèle Addax garde un avantage clair sur le plan logistique. Demain, l’option algérienne pourrait devenir un levier stratégique sérieux. Mais pour cela, il faudra plus qu’une volonté politique : il faudra des réservoirs, des circuits fiables, et une architecture d’approvisionnement capable de transformer la proximité en véritable sécurité énergétique.



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