
Dans un contexte marqué par l’escalade militaire au Moyen-Orient et les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Hormuz, les marchés mondiaux de l’énergie entrent dans une phase de forte volatilité. Pour les pays importateurs de carburants, dont la Mauritanie, cette situation ravive une question centrale : les mécanismes contractuels en place suffisent-ils à protéger l’économie nationale contre les chocs externes?
La Mauritanie est liée par un contrat de fourniture de produits pétroliers avec la société suisse Addax Energy, récemment renouvelé, qui encadre l’approvisionnement du marché national. Ce dispositif permet d’assurer une certaine continuité dans les livraisons et d’éviter les ruptures brutales, notamment grâce à l’obligation faite au fournisseur de maintenir un stock de sécurité couvrant une période donnée de consommation.
Toutefois, cette protection demeure partielle. Le contrat ne repose pas sur un prix fixe, mais sur une formule indexée aux marchés internationaux, notamment à travers des références comme le FOB MED, auxquelles s’ajoutent les coûts de transport, d’assurance et de financement. Ainsi, toute hausse des prix à l’échelle mondiale — qu’elle soit liée à un conflit, à une perturbation logistique ou à une prime de risque accrue — se répercute mécaniquement sur le coût d’importation.
Dans le contexte actuel, la crise ne se limite pas à une hausse du prix du baril. Elle s’accompagne d’une augmentation des coûts de fret maritime, d’assurance et de financement, en raison des risques géopolitiques élevés. Ces facteurs amplifient l’impact sur les économies dépendantes des importations énergétiques.
Pour la Mauritanie, cette situation se traduit par une pression croissante sur les finances publiques. D’un côté, l’État doit garantir la disponibilité des produits pétroliers sur le marché intérieur ; de l’autre, il doit absorber — totalement ou partiellement — l’augmentation des coûts, afin de préserver le pouvoir d’achat et la stabilité économique.
La structure des prix en vigueur confirme cette dépendance aux marchés internationaux. Le coût d’acquisition est directement lié au prix de cession exprimé en devises, avant conversion en monnaie locale et ajout des taxes, marges et frais logistiques. Toute variation des paramètres internationaux se transmet donc, à des degrés divers, au consommateur final, sauf intervention de l’État à travers des mécanismes de régulation.
Dans ces conditions, le contrat liant la Mauritanie à Addax ne constitue pas un instrument de couverture financière contre la volatilité des prix, mais plutôt un cadre organisationnel assurant la continuité de l’approvisionnement. Il protège le pays contre les ruptures physiques, sans pour autant le prémunir contre l’inflation importée.
En définitive, la crise actuelle met en évidence les limites du modèle énergétique mauritanien. Si le pays dispose d’outils lui permettant de sécuriser ses approvisionnements, il reste étroitement exposé aux fluctuations des marchés internationaux. Cette situation relance le débat sur la nécessité de renforcer la résilience énergétique à moyen terme, notamment par la diversification des sources et l’optimisation des mécanismes de gestion des prix.



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