
En Mauritanie, la Banque centrale s’est pendant des décennies concentrée principalement sur la gestion de la stabilité monétaire et le contrôle de la liquidité, une mission essentielle dans une économie de petite taille exposée aux fluctuations extérieures liées aux prix des matières premières et aux évolutions régionales.
Cependant, les transformations que connaît l’économie, notamment avec l’émergence des secteurs du gaz et des mines, posent une question plus large : celle de la capacité du système monétaire et financier à accompagner cette nouvelle phase.
Dans ce contexte, un nouveau rapport de la Banque mondiale sur la situation économique de la Mauritanie en 2025 propose une lecture analytique du système financier mauritanien. Le rapport souligne que la stabilité monétaire obtenue ces dernières années ne s’est pas encore traduite par un système financier suffisamment profond pour financer l’économie et orienter l’épargne vers l’investissement productif.
Une politique monétaire aux instruments limités
La Banque mondiale souligne que les instruments de politique monétaire en Mauritanie restent moins développés que dans de nombreuses économies émergentes, ce qui réduit l’efficacité des décisions de la Banque centrale.
Lorsque celle-ci ajuste la liquidité ou les taux d’intérêt, les effets de ces décisions ne se transmettent pas à l’économie avec la rapidité et l’efficacité nécessaires.
Dans ce contexte, le rapport relève que la transmission de la politique monétaire vers l’économie réelle demeure limitée en raison du faible développement des marchés financiers et de l’étroitesse des instruments disponibles.
Concrètement, cela signifie que les décisions monétaires n’ont pas un impact suffisant sur le coût du financement ou sur le niveau de l’investissement.
Cette situation est également liée à l’absence d’un marché financier développé. La Mauritanie ne dispose toujours pas d’un marché actif pour les obligations ou les titres de dette publique permettant de gérer efficacement la liquidité.
Un marché financier étroit
Le rapport souligne également que le système financier mauritanien reste largement centré sur les banques commerciales, avec une quasi-absence de marchés de capitaux.
L’absence d’un véritable marché financier limite la capacité de la Banque centrale à utiliser des instruments non conventionnels de politique monétaire.
Dans les économies plus développées, les marchés obligataires jouent un rôle clé dans la transmission de la politique monétaire vers l’économie. En Mauritanie, la faiblesse de ces marchés conduit la politique monétaire à dépendre principalement d’instruments traditionnels dont l’impact reste limité.
Le rapport estime que le développement d’un marché des obligations publiques pourrait constituer une étape importante pour approfondir le système financier et améliorer l’efficacité de la politique monétaire.
Les défis de la supervision bancaire
Outre la conduite de la politique monétaire, la Banque centrale joue un rôle essentiel dans la supervision des banques et la préservation de la stabilité financière.
Le rapport reconnaît que le cadre réglementaire s’est amélioré ces dernières années, mais il souligne également la nécessité de renforcer les capacités de supervision et de contrôle bancaire.
Il indique notamment que le renforcement de la surveillance prudentielle est indispensable pour faire face aux risques potentiels du secteur bancaire, en particulier dans un contexte marqué par une forte concentration des crédits entre un nombre limité d’emprunteurs dans certaines banques.
Le rapport souligne également l’importance de développer des outils d’analyse des risques systémiques, permettant à la Banque centrale d’intervenir de manière préventive en cas de signes de déséquilibres financiers.
Le défi de l’inclusion financière
Le rapport établit également un lien entre le rôle de la Banque centrale et les progrès en matière d’inclusion financière.
Aujourd’hui, l’une des missions croissantes des banques centrales consiste à créer un environnement réglementaire favorable à l’extension des services financiers, notamment à travers les technologies numériques.
Cependant, le rapport souligne qu’une part importante de la population reste en dehors du système bancaire. Cette situation limite la capacité de la politique monétaire à influencer l’économie, en raison de la forte prévalence des transactions en espèces en dehors du système financier formel.
Entre stabilité et réformes
Au final, le rapport de la Banque mondiale présente une image contrastée de la performance de la Banque centrale de Mauritanie.
D’un côté, l’institution est parvenue à maintenir un certain niveau de stabilité monétaire et financière, un élément essentiel pour toute économie.
De l’autre, le rapport souligne que le véritable défi réside désormais dans le développement des instruments de politique monétaire et l’approfondissement du système financier, afin d’accroître l’impact de la Banque centrale sur l’activité économique.
Dans une économie qui s’apprête à bénéficier davantage des revenus issus des ressources naturelles, notamment le gaz et les minerais, l’efficacité du système financier devient un facteur déterminant pour transformer ces ressources en investissements productifs.
Cela place la Banque centrale devant une double mission : préserver la stabilité monétaire tout en contribuant à la construction d’un système financier plus profond et plus capable de soutenir le développement économique.



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