Négociations sur le Sahara : la Mauritanie peut-elle utiliser sa neutralité pour imposer un « statut spécial » à La Güera

Le Centre Awdagust d'études régionales a estimé que le retour du conflit du Sahara occidental au centre de l’attention américaine, à travers la récente réunion de Madrid et les préparatifs qui l’ont précédée, reflète une transformation qualitative dans l’approche de ce dossier, dépassant le cadre d’une simple étape supplémentaire dans un processus onusien traditionnel. Les indicateurs suggèrent en effet que la question commence progressivement à évoluer d’une situation de « conflit différé » vers la perspective d’un « règlement possible », porté par une logique géopolitique claire, axée sur la faisabilité et l’efficacité opérationnelle, davantage que sur l’achèvement d’une formule juridique idéale.

 

Dans cette même logique géopolitique qui promeut l’option de l’autonomie comme une solution pragmatique, la Mauritanie peut formuler son propre seuil réaliste de manière équilibrée, sans glisser vers des revendications souverainistes définitives susceptibles de déstabiliser les équilibres régionaux, ni accepter, à l’inverse, le maintien de la « question de La Güera » dans une zone grise génératrice de risques et consommatrice de ressources nationales sans contrepartie tangible. Dans ce cadre, l’option d’un arrangement transitoire conférant un « statut spécial » à cette zone apparaît comme une alternative pertinente, permettant de définir ses fonctions sécuritaires, économiques et de gouvernance jusqu’à l’aboutissement d’un règlement global.

 

Le Centre a souligné, dans une note d’analyse publiée aujourd’hui, que la condition déterminante du succès de cette démarche réside dans la capacité de la diplomatie mauritanienne à transformer cette orientation en une position de négociation cohérente, formulée dans le langage de la stabilité régionale et adossée à des garanties claires ainsi qu’à des mécanismes de suivi précis. Cela permettrait d’intégrer les intérêts mauritaniens comme une composante essentielle des conditions de mise en œuvre du règlement, et non comme un élément secondaire susceptible d’être écarté au moment des compromis majeurs.

 

Par cette approche, la Mauritanie adresse un message clair à ses partenaires : elle ne cherche ni à rouvrir un nouveau conflit ni à étendre sa souveraineté au détriment d’autrui, mais à affirmer un principe fondamental à un moment où les règlements avancent selon des logiques de puissance. Ce principe est que l’État qui assume le coût de la gestion des frontières ne peut voir ses intérêts stratégiques laissés au hasard. De même, la stabilité qu’elle est appelée à garantir doit se traduire par des arrangements concrets assurant la sécurité maritime et frontalière, protégeant l’économie de Nouadhibou et consacrant son rôle en tant que partenaire de mise en œuvre, plutôt que de la réduire à un simple espace de transit dont les fonctions sont exploitées sans bénéficier des retombées correspondantes.

خميس, 12/02/2026 - 13:17