
Par sa présentation du bilan 2025 et des perspectives pour 2026 devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre, Moctar Ould Djaye, a livré un tableau globalement rassurant de la situation économique et institutionnelle du pays. Le discours met en avant une volonté claire de renforcer la gouvernance, d’assainir la gestion publique et de consolider les grands équilibres macroéconomiques. Toutefois, au-delà des indicateurs positifs, la question centrale demeure celle de l’impact réel de ces politiques sur la vie quotidienne des citoyens.
Une priorité affirmée : la gouvernance avant l’expansion budgétaire
L’un des axes majeurs du rapport concerne la lutte contre la corruption et la réforme de l’administration. Le gouvernement met en avant la révision du cadre juridique, la création d’une autorité nationale de lutte contre la corruption, le renforcement des corps de contrôle et l’activation de mécanismes de sanction, y compris par la voie judiciaire.
Cette orientation traduit une conviction politique : les faiblesses du développement ne relèvent pas uniquement du manque de ressources, mais surtout de la mauvaise allocation et de la faible efficacité de la dépense publique. En ce sens, la gouvernance apparaît comme un préalable stratégique à toute politique de croissance durable.
Des indicateurs macroéconomiques positifs, mais socialement peu perceptibles
Sur le plan économique, le rapport souligne la maîtrise de l’inflation, la progression des recettes fiscales sans augmentation des impôts, la réduction du déficit de certaines entreprises publiques et le maintien d’un déficit budgétaire modéré.
Ces résultats traduisent une gestion prudente et disciplinée des finances publiques. Toutefois, ils ne se traduisent pas automatiquement par une amélioration sensible du pouvoir d’achat ou par une réduction significative du chômage, notamment chez les jeunes et dans le secteur informel, qui constitue une large part de l’économie réelle.
Le décalage entre performance macroéconomique et perception sociale demeure ainsi l’un des défis majeurs de l’action publique.
L’investissement dans les infrastructures : un pari sur le long terme
Le volume des projets d’infrastructures présentés — routes, eau, énergie, ports, télécommunications — confirme que le gouvernement mise sur la création de bases matérielles favorables au développement futur.
Cette stratégie est cohérente avec une vision de transformation structurelle du pays. Cependant, son efficacité dépendra de la capacité de l’administration à assurer la qualité d’exécution, la maintenance des ouvrages et surtout leur intégration dans des politiques de développement local et de soutien à l’activité productive.
Sans accompagnement économique ciblé, l’infrastructure risque de rester un potentiel sous-exploité.
Le secteur minier : entre fermeté réglementaire et attractivité de l’investissement
Dans le domaine des ressources extractives, le discours met en avant un changement d’approche : plus de rigueur dans l’octroi et le suivi des licences, retrait des permis non exploités, exigence accrue de respect des engagements.
Cette politique vise à réduire la spéculation sur les titres miniers et à garantir une meilleure contribution du secteur aux recettes publiques. Mais elle pose également la question de l’équilibre entre souveraineté économique et attractivité du pays pour les investisseurs internationaux, dans un contexte de concurrence régionale accrue.
Une politique sociale en extension, mais sans rupture structurelle
Malgré l’extension des services de santé, de l’éducation et des programmes sociaux, le rapport ne révèle pas encore de transformation profonde du modèle de protection sociale ni de stratégie massive de création d’emplois productifs.
L’approche reste essentiellement progressive, axée sur l’amélioration des capacités de l’État à fournir des services, plutôt que sur une réforme en profondeur des mécanismes de redistribution et d’inclusion économique.
Conclusion : de la gestion de la stabilité à la gestion de la transformation
Dans son ensemble, le rapport du Premier ministre reflète une action gouvernementale centrée sur la stabilisation, la rationalisation et la consolidation des fondations institutionnelles et économiques du pays.
La prochaine étape, plus complexe politiquement et financièrement, consistera à passer de la gestion de la stabilité à la gestion de la transformation sociale et économique, avec des politiques plus offensives en matière d’emploi, de production nationale et de justice sociale.
C’est sur ce terrain que se jouera, à terme, l’évaluation réelle de l’efficacité des réformes engagées.
Brahim Wali



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