
La note interne récemment publiée par la société Mauritanian Copper Mines (MCM), indiquant que le stock de minerais aurifères permettra de maintenir la production jusqu’à fin 2028 et que le traitement du cuivre à basse teneur pourrait prolonger l’activité jusqu’en juin 2029, a suscité de nombreuses interrogations sur l’avenir de l’un des plus importants sites miniers du pays, ainsi que sur les répercussions économiques pour la Mauritanie et pour la ville d’Akjoujt en particulier.
La fin du cycle de vie du gisement
Cette annonce constitue le premier signal officiel indiquant que la mine de Guelb Moghrein entre dans sa phase finale. Au lieu d’évoquer de nouvelles découvertes ou d’éventuelles extensions, l’entreprise mise désormais sur l’exploitation des stocks restants, ce qui revient à considérer que le site se dirige vers une fermeture progressive.
Cette évolution intervient alors que le secteur extractif représente environ 19 % du PIB et plus de 75 % des exportations nationales, selon le rapport EITI 2024.
L’argent… une faille financière persistante
Le rapport de la Cour des comptes met en lumière un problème structurel non résolu : l’absence de comptabilisation transparente de l’argent associé à la production d’or et de cuivre.
Bien que la présence de l’argent dans la chaîne de production soit avérée, ce métal précieux n’apparaît pas clairement dans les données rapportées par MCM. Cette opacité pourrait avoir privé l’État d’une part significative de ses recettes fiscales et de ses redevances au cours des dernières années.
À l’approche de la fermeture du site, les possibilités de corriger ces manquements se réduisent, à moins que le gouvernement n’engage rapidement un audit détaillé des productions passées.
Les déchets toxiques… une dette environnementale reportée
Le rapport de la Cour des comptes souligne aussi un déficit notable dans la gestion des déchets toxiques issus du traitement minier, notamment l’utilisation de substances chimiques dangereuses telles que le cyanure et l’arsenic.
Si l’entreprise n’est pas contrainte d’adopter un plan de fermeture environnemental complet, conforme aux standards internationaux, le coût de la pollution et de la dégradation environnementale pourrait, à terme, être supporté par l’État et les habitants d’Akjoujt après le départ de MCM.
Des conséquences directes pour l’économie d’Akjoujt
La mine emploie plus d’un millier de travailleurs de manière directe, en plus de centaines d’emplois indirects dans le transport, la maintenance et les services.
Avec la fin annoncée de l’activité, la ville d’Akjoujt se trouve exposée au risque d’une récession locale brutale, car son économie dépend largement — voire exclusivement — de la présence de la mine.
La société devrait commencer progressivement à réduire ses effectifs et à geler ses investissements, ce qui nécessite une réponse urgente des pouvoirs publics afin de préparer la reconversion des travailleurs et de diversifier l’économie locale.
L’État n’a que quatre ans devant lui
L’annonce de MCM ouvre une fenêtre temporelle étroite durant laquelle les autorités doivent agir de manière décisive, notamment en :
- Auditant les recettes liées à l’argent et aux métaux associés.
- Imposant des garanties financières strictes pour un plan de fermeture environnementale.
- Atténuant l’impact socio-économique de la fermeture sur les travailleurs et la ville.
- Renforçant la transparence dans les contrats de vente et les flux de minerais.
La décision de MCM n’est pas un simple communiqué administratif, mais un tournant stratégique dans l’histoire de l’un des principaux projets miniers de la Mauritanie.
À la lumière des observations répétées de l’EITI et de la Cour des comptes concernant les recettes non perçues et les risques environnementaux, la manière dont l’État gèrera les quatre prochaines années constituera un test déterminant de sa capacité à préserver ses ressources naturelles et à garantir les droits de ses citoyens.



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