GTA 2026 : Le réalisme financier pour la DGI Mauritanie et la SMH ‏

À mesure que le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA) entre dans sa phase pleinement opérationnelle, la situation financière prévue pour 2026 met en lumière les véritables défis de cette étape initiale. Deux trajectoires se dessinent nettement : la première, fondée sur un scénario de production contractuelle de 2,45 millions de tonnes de GNL par an et 5 600 barils de condensats par jour, se révèle pratiquement stérile sur le plan fiscal ; la seconde, reposant sur une capacité nominale légèrement supérieure de 2,7 millions de tonnes et environ 6 200 barils par jour, permet une amélioration marginale, sans toutefois inverser la fragilité structurelle du projet.

 

Dans ce second scénario, les revenus totaux atteindraient environ 1,008 milliard de dollars, pour 555 millions de charges d’exploitation et 313 millions d’amortissement du capital investi. Le résultat imposable avoisinerait 140 millions de dollars, soumis à un impôt sur les sociétés de 25 %, soit 35 millions répartis équitablement entre la Mauritanie et le Sénégal. Chaque État percevrait ainsi environ 17,5 millions de dollars.

 

Cependant, l’amortissement massif des investissements initiaux crée un important bouclier fiscal estimé à 78 millions de dollars, réduisant considérablement les recettes fiscales de l’État durant les premières années. Pour la Société mauritanienne des hydrocarbures (SMH), la situation demeure délicate : après paiement des impôts et des charges d’intérêts d’environ 31 millions de dollars, son bénéfice net ne dépasserait pas 7 millions dans le scénario nominal, tandis qu’une perte de l’ordre de 3 millions serait enregistrée dans le scénario de base.

 

Le premier scénario correspond ainsi à une véritable zone morte, financièrement et fiscalement : la SMH y perd des liquidités, et la Direction générale des impôts (DGI) ne perçoit aucune recette sur les bénéfices. Le second scénario, bien qu’un peu plus favorable, reste insuffisant pour permettre à la SMH d’assurer le service de sa dette ou de soutenir le moindre réinvestissement.

 

Parallèlement, la part de la société BP dans le projet dégagerait un bénéfice estimé à 60 millions de dollars, tandis que sa filiale BP Marketing Gas réaliserait environ 490 millions de gains sur la base d’une marge de 3,5 dollars par million de BTU, correspondant à un prix de vente compris entre 10,6 et 11 dollars DES. Ces chiffres traduisent un déséquilibre manifeste : les premières années du projet GTA ne génèrent pas encore de valeur fiscale significative pour la Mauritanie.

 

Pour protéger durablement les intérêts nationaux, la SMH devra renforcer sa coopération avec la DGI afin de valider les calendriers d’amortissement, d’optimiser la temporalité fiscale et d’instaurer une transparence accrue dans la gestion des flux financiers. L’année 2026 doit marquer un tournant : passer d’une phase de tension budgétaire à une discipline fiscale coordonnée, garantissant que les retombées futures du GTA bénéficient effectivement au peuple mauritanien.

 

La dette de la SMH demeure inchangée dans les deux scénarios, à hauteur de 518 millions de dollars. Or, dans chaque cas, les flux de trésorerie projetés ne suffisent pas à couvrir les paiements d’intérêts obligatoires, entraînant un risque de défaut inévitable. Le scénario nominal atténue légèrement ce déséquilibre, réduisant le déficit annuel de 34,1 millions à 24,1 millions de dollars, mais sans parvenir à redresser la trajectoire financière de l’entreprise.

 

En définitive, pour la SMH, la différence entre les deux scénarios réside essentiellement dans la vitesse de la dégradation : un effondrement rapide dans le premier cas, un déclin progressif dans le second. Aucun ne conduit à la solvabilité. Le problème fondamental persiste : la taille et la rentabilité actuelles du projet sont trop limitées pour permettre à la SMH de respecter ses engagements financiers et de transformer le GTA en moteur de croissance durable pour la Mauritanie.

 

Mohamed Noudine

أحد, 02/11/2025 - 09:49