Le problème de notre pays, c’est nous

Tant que l’accès à la haute fonction publique sera perçu par tous comme la voie la plus rapide et la moins contraignante pour se constituer une fortune personnelle dont l’étalage public sert aussi d’ascenseur social, l’Etat sera toujours considéré pour ce qu’il est réellement dans nos pratiques et nos représentations mentales : un gâteau à partager. Ou plutôt pour rester dans les couleurs locales, la chamelle perdue dont le lait appartient a celui qui en assure la garde avant que son propriétaire ne vienne la récupérer alors qu’à l’instar de la chamelle perdue, l’appareil administratif de notre Etat reste cette ‘Dhalla’ dont le gardiennage légitime l’appropriation provisoire. On s’en sert avant de le passer au suivant avec la certitude qu’aucun propriétaire ne vous demandera des comptes.

Il faut, en effet, reconnaître que le problème de notre pays, ce ne sont pas ses potentialités, ni ses cheptels, ni son étendue et encore moins son climat. Le problème de notre pays, c’est nous.

Ce sont nos anachronismes sociaux, nos ‘moujamelatt’ pour enjoliver le mensonge pour en faire une ligne directrice des comportements individuels et collectifs, le manque de confiance en nous et dans tout ce que nous entreprenons et la liste est longue.

Il est pourtant heureux que nous nous considérons de moins en moins comme le ‘centre du monde’ comme le suggèrent nos pensées intimes, que nous parlons de plus en plus de nos travers et de nos échecs et que nous commençons à ses poser des questions sur les causes des écarts qui se creusent entre nous et nos voisins immédiats.

Il s’agit d’une évolution mentale encourageante, mais dont le rythme est malheureusement trop lent pour accompagner les transformations socio-économiques qu’impose l’accélération du mouvement de l’histoire dans un monde changeant au gré des événements souvent soudains et imprévisibles. Nous avons vécu la Covid-19 et nous vivrons bientôt les effets des impacts mondiaux de la guerre entre la Russie et l’Ukraine et ceux des inévitables débordements de la crise Sahélienne.

Dans un tel contexte la pire menace pour la cohésion sociale, c’est la manifestation publiquement admise de réseautages politiciens qui assurent la promotion et la protection de ceux des fonctionnaires qui acceptent d’être au service exclusif de leurs protecteurs. C’est, en effet, à ce niveau que se développe et s’encre dans les esprits cette mentalité de prédation qui étouffe tout progrès social.

Une mentalité qui continuera à provoquer des ravages tant qu’un petit nombre de voleurs en cols blancs ne sera pas socialement indexé par voie de procès intentionnellement retentissants pour servir d’exemples et donner naissance au nécessaire lien de confiance entre le peuple et ses dirigeants.

Ce jour là et ce jour seulement, une opinion publique se formera et imposera un référentiel de gouvernance inspiré et régi par un véritable contrat social.

أحد, 10/04/2022 - 19:48