
Pendant le conflit de 1989, l'opinion publique sénégalaise a été profondément influencée par la propagande haineuse des FLAM, un courant poulo-toucouleur qui a capitalisé sur les différences d’identitépour dénoncer une prétendue oppression de la population noire par l'État mauritanien. Aujourd’hui, les Sénégalais, confrontés à leurs propres défis identitaires,sont désormais à même de comprendre que leur crise est similaire à la nôtre.
Au fond, les deux conflits ne sont qu'une lutte pour le partage du pouvoir, hors de tout cadre républicain et démocratique. Une rivalité alimentée par les clivages ethno-communautaires, où la question linguistique sert à la fois de carburant et de détonateur.
En Mauritanie, les ethnicistes poulo-toucouleurs ont toujours nourri l’ambition, à défaut de diriger le pays tout entier, d'obtenir une répartition de souveraineté et d’identité nationales au nom des Négro-Mauritaniens. Ce projet politique s’accompagne de la constante volonté d’imposer l'usage exclusif de la langue française dans l'enseignement, l'administration et la vie officielle. Certes, ils revendiquent la promotion de leurs langues maternelles, mais sans véritable conviction. Leur objectif ultime reste le sacre du français, habilement présenté comme l'unique vecteur de neutralité dans ce conflit interethnique.
Il est amusant de noter qu'au Sénégal, ce même courant propage une trivialité déconcertante : ils prétendent que l'ethnie wolof n’a pas d’existence réelle et que sa langue est simplement un mélange de parlers locaux emplis de ‘’mauvais pulaar’’.
Ils croient naïvement que cela suffira à briser la centralité wolof au Sénégal. C'est une illusion. Ni l'embargo contre la langue arabe en Mauritanie, ni l'offensive contre le wolof au Sénégal, et le chaos linguistique que certains s'évertuent à engendrer, ne parviendront à reléguer les Wolofs et les Maures au second plan. Ils ne seront jamais 'les seconds à Rome'.
C'est une réalité que le colonisateur français avait parfaitement saisie : l'occupation de la Mauritanie fut le résultat de discussions directes avec les chefs religieux et traditionnels maures, ainsi que la décolonisation.
Pourquoi la France a-t-elle choisi de ne pas associer les Pulaars à ce processus ?
C'était la logique du centre et de la périphérie. Les Maures constituaient la population majoritaire à l'échelle nationale. En plus, à l'aube de la colonisation française, les Émirats maures exerçaient leur hégémonie sur de vastes territoires de la vallée.
Dans ces conditions, et en dehors de tout cadre républicain et démocratique, à qui revient la légitimité de diriger la Mauritanie et de façonner son identité profonde, ainsi que son ancrage culturel et civilisationnel, dans l'hypothèse où la logique strictement ethnique s'impose comme le facteur décisif ?
Quoi qu'il en soit, si la place accordée aux Maures dans l'identité et la souveraineté de la Mauritanie se réduisait à la portion congrue (un quart pour chaque ethnie : wolof, soninké, pulaar et maure), cela équivaudrait à rendre inévitable un retour au Congrès d’Aleg, allant ainsi dans le sens des revendications ethnicistes qui réclament une refondation.
En ce qui concerne le Sénégal, on risque de voir bientôt des voix réclamer la renégociation du contrat national.
Ely Ould Sneiba
Le 8 novembre 2026



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