Renégociation du gaz : le silence troublant de la Mauritanie 

La déclaration du Premier ministre sénégalais évoquant la possibilité de renégocier les contrats liés à l’exploitation du gaz offshore a résonné comme un signal fort dans toute la sous-région. Mais alors que Dakar assume publiquement l’idée de revoir les termes d’accords jugés défavorables, Nouakchott, pourtant partenaire direct dans ce projet stratégique, oppose un silence aussi prolongé que troublant. Un silence qui, à mesure qu’il dure, nourrit interrogations, malaise et soupçons.

Le projet gazier commun entre le Sénégal et la Mauritanie engage des milliards de dollars et conditionne une part importante de l’avenir économique des deux pays. Dans un tel dossier, l’absence de réaction officielle ne peut être interprétée comme une simple prudence diplomatique. Elle donne plutôt le sentiment d’un pouvoir hésitant, voire empêché, incapable d’exprimer clairement sa position sur une question pourtant essentielle à la souveraineté nationale.

Ce mutisme ouvre inévitablement la voie à toutes les interrogations. Pourquoi la Mauritanie ne s’aligne-t-elle pas sur la dynamique de renégociation évoquée par son partenaire ? Pourquoi aucune parole forte ne vient-elle rassurer l’opinion publique sur la défense des intérêts nationaux ? Et surtout, qu’est-ce qui peut justifier une telle réserve sur un dossier où les enjeux financiers sont colossaux ?

Dans un contexte marqué depuis des années par des critiques récurrentes sur la gestion des ressources naturelles, ce silence alimente des soupçons que les autorités ne peuvent ignorer. Lorsque les décisions concernant des contrats aussi stratégiques se prennent dans l’opacité, l’idée de possibles conflits d’intérêts, de mauvaises négociations passées, voire de dérives liées à la gestion de la rente, s’installe naturellement dans l’opinion. Il ne s’agit pas d’accuser sans preuve, mais de constater qu’en l’absence de transparence, la confiance disparaît et laisse place au doute.

L’histoire récente de nombreux pays riches en ressources montre que les grands contrats énergétiques sont souvent entourés de zones grises, de pressions internationales et parfois de pratiques contestées. La Mauritanie n’échappe pas à cette réalité, et le manque d’explications officielles sur sa position actuelle ne fait que renforcer l’impression que certains choix pourraient être dictés par des considérations qui dépassent l’intérêt strictement national.

Plus le silence dure, plus la suspicion grandit. Certains y voient le signe d’engagements passés difficiles à remettre en cause, d’autres évoquent l’existence d’équilibres fragiles que les autorités ne veulent pas exposer publiquement. D’autres encore redoutent que la gestion du dossier gazier soit prisonnière d’un système où la culture du secret, la crainte de la remise en cause et la protection d’intérêts établis l’emportent sur l’exigence de transparence.

Le contraste avec l’attitude sénégalaise est, à cet égard, frappant. En parlant ouvertement de renégociation, Dakar envoie le message que les contrats ne sont pas sacrés et que l’intérêt national peut justifier leur révision. En face, la retenue mauritanienne donne l’image d’un État sur la défensive, comme si toute discussion publique risquait de révéler des réalités embarrassantes.

Dans un dossier aussi stratégique que celui du gaz, le silence n’est jamais neutre. Il peut être une tactique, mais il peut aussi traduire un malaise, des blocages internes ou la crainte de voir surgir des questions auxquelles personne ne souhaite répondre.

Si les autorités mauritaniennes veulent dissiper les soupçons de gabegie, de mauvaise gestion ou d’influences inavouées qui circulent déjà dans l’opinion, elles n’ont qu’une seule option : parler clairement, expliquer leur position et assumer publiquement la stratégie du pays.

جمعة, 13/03/2026 - 20:19