
Pendant des décennies, les FLAM ont servi de repoussoir commode pour justifier bien des dérives de milieux hostiles à l’unité nationale dans notre pays. Durant les années de braise, leur nom a souvent été brandi comme un permis de tuer et un certificat d’impunité. Les témoignages et les faits historiques concordent sur ce point.
Pour ma part, malgré les profondes divergences idéologiques et politiques qui ont marqué les relations entre cette organisation et celles auxquelles j’ai appartenu toute ma vie — le MND puis l’UFP — je n’ai jamais accepté, et je n’accepterai jamais, que des accusations mensongères destinées à criminaliser ses militants viennent travestir la vérité.
De nombreux cadres et militants des FLAM ont joué un rôle politique éminent dans la lutte démocratique de notre pays. Dans les camps de réfugiés, dans la diaspora comme dans nos villes et villages, beaucoup d’entre eux — ou des organisations politiques issues de ce courant — ont combattu avec courage pour l’avènement du pluralisme démocratique et pour la reconnaissance d’une nation mauritanienne inclusive.
L’une des plus grandes réussites de l’État profond, depuis la publication du Manifeste de 1986 et après la désastreuse tentative de coup d’État menée en 1987 par de jeunes officiers négro-africains, a été d’imposer dans l’opinion l’image des FLAM comme une organisation terroriste prête à précipiter le pays dans la guerre civile. Pourtant, les auteurs de cette tentative n’entretenaient aucun lien organisationnel avec ce mouvement, comme l’ont attesté les protagonistes eux-mêmes.
Dans les camps de réfugiés, il est même arrivé que des militants des FLAM et des militants du MND frôlent la confrontation armée tant leurs divergences politiques et idéologiques étaient profondes. Mais ces désaccords, aussi sérieux soient-ils, ne peuvent en aucun cas justifier la diabolisation d’un courant politique entier souvent condamné sans jamais être entendu.
La même exigence de vérité doit s’appliquer aux courants et mouvements nationalistes arabes, notamment baathistes et nasséristes, avec lesquels nous avons également eu de profondes divergences. Là aussi, rien ne saurait justifier les accusations globales et souvent infondées de complots criminels dirigés contre les négro-africains. Nombre de leurs dirigeants se sont démarqués des pratiques anti-nationales des pouvoirs et ont même subi de terribles campagnes de répression. Comme les Flam...
Les uns comme les autres méritent d’être entendus, non pour ce que certains imaginent d’eux, mais pour ce qu’ils sont réellement : des nationalistes attachés à leur identité respective, parfois avec excès verbal mais qui, dans leur grande majorité, n’ont jamais renoncé à leur patrie commune ni à la volonté de bâtir une nation mauritanienne plurielle.
Il est temps d’ouvrir un débat historique sérieux, lucide et apaisé, afin de dépasser les caricatures, de reconnaître les vérités enfouies et de tourner enfin la page des dissensions stériles.
Gourmo Lô
12 mars 2026



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