L’illusion du remède monétaire : pourquoi la hausse des taux de la BCM ne suffira pas

La manipulation des taux directeurs par la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) ne saurait être érigée en panacée face aux défis structurels qui minent notre économie. Certes, l'orthodoxie financière enseigne qu'un resserrement monétaire accroît le rendement des actifs libellés en ouguiya, incitant théoriquement à la rétention ou à l'attraction des capitaux formels. Toutefois, cette mécanique théorique se heurte à une réalité domestique imperméable aux seuls signaux du marché.
​Il convient d'opérer une distinction fondamentale entre les flux financiers légitimes et les dynamiques de fuite illicite de capitaux. Si les premiers réagissent aux incitations de taux, les seconds obéissent à des logiques d'impunité et de défaillance systémique. L’évasion de devises — orchestrée par des réseaux d’influence transfrontaliers —, le recours endémique aux circuits informels, la falsification monétaire ou encore le blanchiment par injection de coupures obsolètes échappent par nature aux lois de la politique monétaire. De même, la multiplication des saisies de devises à l'étranger auprès de personnalités influentes, le manque de civisme économique de certains opérateurs privilégiant leurs partenaires extérieurs, ou l'accumulation d'actifs immobiliers internationaux par des agents publics illustrent une crise profonde de gouvernance.
 Face à une corruption institutionnalisée et à la porosité du contrôle des changes, l'arme des taux demeure impuissante : on ne combat pas un délit de structure par un ajustement de conjoncture Monsieur le Gouverneur.
​Dès lors, l'efficacité même de ces décisions interroge quant à leur fiabilité et à leur capacité à rassurer les acteurs économiques, d'autant que ce dogmatisme monétaire comporte un coût social et économique exorbitant. En durcissant les conditions de crédit et en relevant les exigences de réserves obligatoires, la BCM contracte mécaniquement le financement de l'économie réelle. Ce renchérissement du loyer de l'argent asphyxie les petites et moyennes entreprises (PME), décourage l'investissement productif et grève le pouvoir d'achat des ménages, risquant ainsi de plonger le pays dans une phase de stagnation.
​Pour que l'action de la Banque Centrale soit crédible, elle ne peut s'exercer en vase clos. La politique monétaire doit impérativement s'accompagner d'un arsenal macroprudentiel rigoureux, incluant des mesures ciblées de protection des emprunteurs et une surveillance intransigeante des flux de capitaux. Sans une refonte de la gouvernance économique, une transparence accrue et une lutte sans concession contre la corruption, la hausse des taux ne fera qu'appauvrir le tissu économique national sans jamais tarir la source des fuites illicites.

 

Eléya Mohamed 
 

اثنين, 02/11/2026 - 08:46