On va encore discuter de la question linguistique et de la réforme de l’enseignement

Chez nous, les choses ont rapidement dérapé. La voie de l'intégration nationale n'a pas connu de commencement, et le communautarisme ethnoracial a pris le dessus pour s'inscrire dans la durée.
C'est ainsi que la question de la cohabitation entre les races en Mauritanie est devenue la seule question, sans aucune autre, car le nationalisme pulaar a rapidement annoncé la couleur, le sens de son engagement politique : non à la langue arabe, et non au bilinguisme, présenté comme une tromperie envers les Négro-Mauritaniens, et oui à la francisation à outrance.
Bien sûr, tout cela est en corrélation avec l'identité de l'État naissant : une Mauritanie francophone rassure les ethnicistes poulo-toucouleurs, tandis qu'une Mauritanie laissée telle qu'elle était, c'est-à-dire arabophone, les exclut selon leurs affirmations.
Supposons que demain les Mauritaniens se réunissent dans une salle pour échanger. Ils auront besoin d'interprètes pour qu'ils puissent se comprendre.
Pendant environ soixante-six ans, les élites nationales n'ont pas réussi à résoudre le débat récurrent sur la langue pour renforcer leur unité nationale, donc la confusion linguistique institutionnalisée ne serait pas un moyen de renforcer cette unité.
En fait, établir des barrières linguistiques revient à condamner sa population à la 'bantoustanisation', c'est-à-dire vivre sous le même toit en faisant chambre à part, ce qui est déjà un aveu d’échec !
On y est déjà, ou presque. Même le discours du président de la République, qui incarne l'État et la nation, n'est pas compris par tous les Mauritaniens. Afin qu'il le soit, il sera traduit en français, en pulaar, en soninké, en wolof et probablement en bambara, comme le désirent les FLAM. 
C'est ce chaos linguistique que vous proposez pour sceller la cohésion nationale ?
L’avez-vous vu mis en œuvre ailleurs ?
N’évoquez surtout pas les catons suisses. Ce sont des régions autonomes, chacune adossée à un pays limitrophe, dont elle tire son identité ethnoculturelle.
De plus, ne parlez pas du cas des pays de l'AES. Là-bas, l'officialisation des langues africaines n'est rien de plus qu'une réaction épidermique envers la France.
Plutôt, notre choix devrait être guidé par les cas des pays de l'Afrique occidentale française. Pour des raisons évidentes, tous ces États ont opté pour le monolinguisme officiel, en faveur du français, en raison du trop-plein de langues nationales et de leur retard sur le plan scientifique.
Mais, la Mauritanie, bien qu'elle ait été intégrée à l'AOF par la colonisation, est un pays arabe, et le colon avait fait le choix d'enseigner l'arabe dans ses écoles.
Et ce n'était pas une faveur, mais un réalisme saisissant : l'arabe est la langue du pays, même sous domination coloniale.
Manifestement, les nationalistes pulaars sont encore déterminés à changer cette donne à coup de dialogues et de réformes éducatives.
Une fois de plus, aucune réponse satisfaisante ne pourra être obtenue sur cette question, quelle que soit la combinaison linguistique. 
Si des ethnies se disputent l'identité d'un État, il y a un risque de déchirage. Pourquoi donc continuer à avancer avec des œillères ?
Bien que l'État profond français soit préoccupé par le pluralisme linguistique officiel dans le monde arabe, en France, le français demeure la seule langue officielle. 

Ely Ould Sneiba
Le 16 juillet 2026

جمعة, 17/07/2026 - 00:56