
Soixante ans après notre indépendance, le constat est sansconcession. Nos infrastructures existent, mais notre conscience citoyenne semble figée. L'espace public est devenu le miroir de nos défaillances collectives : insalubrité des rues et des marchés, anarchie routière, dégradation de nos hôpitaux et incivilité généralisée dans les files d'attente.Ce désordre traduit une rupture profonde : le triomphe de l'intérêt individuel sur le bien commun, doublé d'une culture d'assistance où l'on attend tout de l'État sans jamais interroger ses propres devoirs.
Pourtant, nous disposons aujourd'hui de moyens de communication inédits. Contrairement aux décenniespassées, l’hyper-connectivité et les médias modernesdevraient être les moteurs d'un éveil collectif. Pour transformer ce potentiel en sursaut national, chaque citoyen doit activement réformer son comportement autour de quatre piliers :
1. Sanctifier l'espace public : Considérer la propretédes rues, des écoles et des hôpitaux comme un acte de foi patriotique.
2. Restaurer la discipline commune : Respecterscrupuleusement le code de la route, refuser le stationnement sauvage et honorer le droit d'aînesse oul'ordre d'arrivée dans les files d'attente.
3. Révolutionner nos écrans : Détourner les réseauxsociaux du divertissement stérile pour en faire des outils de salubrité publique, d'éducation et de dénonciation constructive.
4. Adopter la coresponsabilité : Sortir de la mentalitéd'assistance. L’État construit les structures, mais c’est au citoyen d'en assurer la pérennité.
Un impératif de responsabilisation collective
Cette transformation ne pourra s'accomplir sans un engagement total et partagé par l'ensemble des composantes de notre société. Qu'il s'agisse des hauts dirigeants, des leaders d'opinion, des cadres de l'administration ou de chaque citoyen au sein de son foyer, nul ne peut s'exonérer de ses devoirs envers la nation. Le redressement de notre pays exige que chacun, à son niveau, devienne un modèle d'intégrité et un relais de civisme. Lesélites doivent guider par l'exemple, l'administration doit garantir l'équité des règles, et le peuple doit veiller au respect quotidien de son environnement. C'est en cessant de rejeter la faute sur autrui et en assumant collectivement notre part de responsabilité que nous bâtirons une Mauritanie digne.
Le rôle sacré des structures d'éducation et de transmission
Au-delà des actions individuelles, cette prise de consciencecollective doit impérativement être portée par nos institutions fondamentales : l'école républicaine, les foyers familiaux et les autorités morales. Il est de notre responsabilité commune de réintroduire l'enseignement du civisme dès le plus jeune âge, de valoriser le respect du bien public au même titre que la réussite personnelle, et de faire de chaque génération un bouclier contre la médiocrité ambiante. C'est par cette transmission active et intransigeante des valeurs républicaines et de l'éthique nationale que nous briserons définitivement le cycle de l'indifférence.
Le patriotisme du geste, par-delà les mots ;
Je trouve que l’amour véritable de la patrie ne réside ni dans les déclarations d’intention, ni dans les slogans politiques, encore moins dans la ferveur éphémère des meetings et des rassemblements officiels. Le patriotisme authentique est uncomportement de chaque instant. Il s’exprime en silence, loin des caméras et des tribunes, à travers des pratiques quotidiennes rigoureuses et une conduite guidée par le respect de l'autre. Aimer la Mauritanie, c’est refuser de jeter un déchet au sol, c’est respecter sa file d'attente à l'hôpital, c’est s’arrêter à un feu rouge et protéger nos infrastructures communes.Notre pays ne se relèvera pas par la magie de la rhétorique,mais par la somme de nos disciplines individuelles. Il est temps de passer de la parole à l’action : que nos actes quotidiens deviennent nos seuls et uniques discours, afin deléguer aux générations futures une nation propre, juste et fière.
Cheikh Ahmed ould MOHAMED
Ingénieur
Etablissement portuaire de la Baie du repos de Nouadhibou



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